Message du Conseil fédéral

Omissions et petits mensonges. Un nouvel exercice de propagande militaire.Le message du Conseil Fédéral (CF) sur notre initiative pour abolir la conscription est paru. C’est encore une version provisoire, mais qui ne changera plus beaucoup.

Le travail est nettement plus fouillé et lisible que ce à quoi on aurait pu s’attendre. Dans une dynamique de rejet de l’initiative sans contre-projet, le message et ses auteurs (le Conseil Fédéral, ci-après CF) n’arrivent toutefois pas à dépasser la logique militaire actuelle et ne donnent aucun signe d’ouverture. Qui plus est, le message ne répond que peu à la question qui est posée, libérer la population du poids que le service obligatoire fait peser sur les hommes (compassion zéro), pour se concentrer sur les effets qu’aurait l’initiative sur l’armée.

Axes de campagnes probables.
Par une analyse croisée de la position des arguments, on peut d’ors et déjà distinguer trois axes sur lesquels se basera la campagne des opposants à l’initiative.
1) D’abord, il y a dans tout le message une faute de rédaction importante ou une intention délibérée de modifier l’intention première de notre initiative . En fait, le CF se contente de penser – négativement – à ce que serait l’armée si notre initiative était acceptée, sans entrer aucunement ou à peine sur les reproches sérieux que nous portons au service militaire obligatoire.
Et c’est donc ces inconvénients du service militaire actuel qui devront être approfondi et que nous devrons mettre en avant, quitte à nier ou refuser le débat sur la forme de l’armée. Ce ne sera pas si facile, mais c’est essentiel.
Ainsi et nous le redirons à l’envi, notre but n’est pas de changer l’armée et son mode de fonctionnement (la milice), mais d’ abolir l’armée pour ceux qui ne veulent pas la faire.
2) Le suite logique, aux yeux du CF, de l’impossibilité d’une armée selon notre définition (sic), c’est que la Suisse n’est plus défendable si l’initiative passe. Là, le message est franchement rétrograde, il n’essaie même pas de savoir comment réussir une telle armée, il se contente d’en énoncer les risques (tout cela hors de toute critique su système actuel). Mais en fait, vu la position adoptée, soit le rejet sans contre-projet, c’est sa fonction polémique, c’est un argument de campagne.
Nous sommes donc mis face à une contradiction. Soit nous refusons le débat sur la forme de l’armée, soit nous entrons en matière pour dire qu’une milice de volontaires est possible et suffisante et nous controns les arguments du CF, quitte à donner quelques bonnes idées à l’armée et à la classe politique sur la façon de faire. Mais ces idées devront être particulièrement bonnes, puisque le CF avance que le service de milice volontaire n’existe pas encore, nulle part ailleurs, et qu’il est trop risqué de l’essayer.
Le problème, c’est que la presse va beaucoup venir sur le sujet, c’est « sexy et croustillant » une Suisse indéfendable. Je pense, que nous devrons donc accepter d’entrer un peu en matière, (et préparer soigneusement nos arguments), mais juste assez d’une part pour mieux recentrer le débat sur la libération des obligations militaires et d’autre part pour encourager fortement nos partenaires un peu moins impliqué sur le fond (les socialistes et les Verts timorés pour les nommer) à faire eux ce débat sur la forme de l’armée, afin de réussir aussi sur l’essentiel, la libération des obligations militaires. Pas si facile non plus à réussir, mais il me semble que la stratégie est claire.
3) Le CF fait largement appel à la tradition. En résumé : « Ce que nous avons toujours fait est ce qu’il y a de mieux pour la Suisse ». Le discours sur l’ancrage démocratique, identitaire et populaire de l’armée va devoir être repris très soigneusement, argument par argument. Ce que nous ferons prochainement.
Certes, la Suisse n’est plus une armée, mais son armée est encore bien ancrée dans la population et le CF ne se sent pas vraiment le besoin de renforcer cet ancrage. Il se contente de le décrire en espérant par contre en tirer une légitimité plus grande encore si l’initiative passe.
A nous de lui donner tort et de l’amener à réfléchir à une nouvelle conception de la Suisse et de sa sécurité.
L’idée de fond sera donc de démontrer que les suissesses et les suisses n’ont pas besoin de l’armée et surtout du service obligatoire pour se reconnaître d’une identité nationale.
Pas si difficile, mais à préparer soigneusement aussi.

Le message nous permet effectivement de voir plus clairement où se place les arguments et de nous préparer. Le travail sera conséquent.
Philosophiquement parlant, nous devons sortir le débat du domaine de l’impossible pour avoir une chance de le faire progresser. A défaut de gagner, nous devons à tout le moins éviter de légitimer la conscription. Mais, la voie est étroite, nous devons aussi éviter de légitimer la professionnalisation de l’armée.
J’attends vivement vos réactions !

Autres arguments et informations
Quelques arguments en vrac
Le message est un peu plus court que ce que l’on voit parfois (34 pages). Il contient de nombreux points que devraient être argués ou contestés et si vous vous lancer dans sa lecture, merci de me faire part de vos remarques, nous publierons une analyse finale, avec un plan de campagne j’imagine, dans le journal de décembre.
Je relève néanmoins ici quelques perles (il y en a d’autres) :

 « En cas d’aggravation de la situation sur le plan de la politique de sécurité, il faudrait d’abord adapter la Constitution avant de pouvoir réintroduire les obligations militaires » . Le CF fait appel à la tradition, mais il ne fait pas confiance au peuple. En cas de menace réelle à la sécurité du pays, les gens ne seraient-ils pas massivement prêts – et ô combien motivés ! – à se porter volontaires pour la défense du pays ? A nous de leur apprendre les techniques non-violentes d’ici là, mais c’est une autre histoire.

 A plusieurs reprises, le CF insiste sur les pertes et les reports de charges pour les cantons et les communes . Si l’armée ne publie pas le nombre de jours de service faits en tout, on peut l’estimer aux environ de 4 millions. Par contre, elle publie le nombre de jours faits en faveur de tiers (promotion de la paix et aides diverses à la sécurité intérieure), soit environ 300’000, ou 7.5% des jours d’armée faits. La compensation ne serait donc pas si difficile. En comparaison, c’est 1 million de jours de service que fournit le service civil, soit trois fois plus. Et l’armée volontaire pourrait continuer à fournir une partie de ces jours, sans aucun doute. Y compris – peut-être – la protection du WEF, soit … 41’571 jours de services en 2011.

 Le message mentionne aussi que les administrations militaires cantonales perdraient 75 postes (les ronds de cuir qui harcèlent les soldats pour qu’ils fassent leurs périodes). A n’en pas douter, ils auraient et trouveraient bien plus de 75 agents recruteurs…

 « Les obligations militaires font partie intégrante des institutions nationales, elles ont une légitimité démocratique et sont conformes au droit international public » . La légitimité démocratique de l’obligation de servir est bien ce que nous entendons contester. Le CF vend la peau de l’ours avant de l’avoir tué. A nous de le mettre en tort !

Jours remis aux hommes en fin de service.
Depuis longtemps nous demandons à savoir combien de jours les militaires font effectivement en moyenne (y compris devant le Conseil des Droits de l’Homme, voir journal 94), entre autres pour avoir le facteur multiplicateur réel du service civil. Et bien le Conseil Fédéral admet ici qu’il ne le sait tout simplement pas. Ou alors, il n’ose pas le dire. Il prétend que seules certaines classes d’âge on fait l’objet de sondages et qu’environ 45% des conscrits (personnes astreintes avant le recrutement) font effectivement l’ensemble de leurs obligations militaires, sans dire alors si c’est l’ensemble de la durée obligatoire (soit 34 ans avec la rallonge pour les retardataires et non pas 30 comme le dit le message) ou l’ensemble des jours à faire avant la date de la libération. Sachant d’une part que 92% des militaires ont du retard (rapport sur le service civil 2010) et d’autre part que dans le présent message, le Conseil Fédéral soutient perdre environ 1% de l’effectif chaque année et qu’il y 15 ans de service pour la troupe (20-34 ans), soit 15% de pertes, comment arrive-t-il avec un chiffre des recrutés de 65% au départ à un chiffre des obligations faites de 45% ? Où sont passés les 5% de différence ? Comme je doute que le CF ne soit pas capable de faire des calculs aussi simples (ou d’avoir des ordinateurs capables de calculer tout cela de façon claire), je ne peux que conclure que soit il ment, soit il s’embrouille dans ces explications. C’est assez limité comme attitude. Mais est-ce que cela veut dire que les effectifs réels de l’armée restent un secret-défense ? A mon avis et ce sera un argument pour nous, cela prouve que le CF n’est pas prêt à assumer publiquement le poids que l’armée fait réellement peser sur la population.

Service civil.
Le Conseil Fédéral admet que la comparaison des charges entre le service civil et le service militaire est difficile . Cela ne l’engage pas à grand-chose, mais il a conscience du problème. Pas sûr pour autant qu’il ira dans le bon sens, si changement il y a, car il mentionne une initiative en suspend demandant le facteur 1.8 . On note au passage que, la presse n’en a pas parlé, le CF a rendu un deuxième rapport sur la preuve par l’acte , recommandant heureusement de ne rien changer. Nous en ferons l’analyse en d’autres temps.

Taxe d’exemption.
On apprend au passage que la taxe rapporte 123 millions.