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Au nom d’une immuable liberté: la peine de mort rétablie par ... délégation?

Auteur(s): Paolo Gilardi

Date: 23/11/2001

C’est au nom de la lutte contre le terrorisme, d’une prétendue «liberté 
immuable» que l’un des principes fondamentaux de l’Union Européenne, 
l’abolition de la peine de mort comme condition sine qua non de l’adhésion, 
risque d’être anéanti.
 
C’est en tout cas ce que l’on peut craindre suite aux révélations faites à 
Bruxelles par l’hebdomadaire European News. En effet, celui-ci fait état 
dans son édition de cette semaine de négociations avancées entre 
«fonctionnaires des USA et de l’UE [qui] sont en train d’étudier les 
modalités d’extrader en Amérique les individus soupçonnés de terrorisme 
dans le cadre du nouveau mandat d’arrêt européen et sur la base de 
l’assurance de la non application, dans certains cas, de la peine 
capitale».
 
Pour sa part, le nouvel ambassadeur étasunien auprès de l’UE, Rockwell 
Schnabel, a été bien plus explicite. Il a affirmé que «l’opposition à la 
peine de mort dans les pays européens constitue un obstacle majeur à 
l’adoption de mesures plus dures contre le terrorisme international». Il a 
aussi suggéré la manière pour contourner cet obstacle en affirmant que «on 
pourrait imaginer que les personnes soupçonnées de terrorisme soient 
extradées dans mon pays où la peine capitale est autorisée et que, dans 
certains cas, on pourrait renoncer à l’appliquer».
 
Il s’agirait, ni plus ni moins, puisque la peine de mort est bannie en 
Europe d’en déléguer l’application aux USA, tout en laissant la porte 
ouverte à certains arrangements possibles si cela devait par trop choquer 
les opinions publiques européennes. Cette logique constituerait une rupture 
totale avec les pratiques et les lois en vigueur en Europe du fait qu’aucun 
pays membre de l’UE n’autorise l’extradition vers les USA de personnes qui 
pourraient encourir une condamnation à la peine capitale.
 
Peu nombreux sont les médias qui se sont fait écho de ces nouvelles. Cela 
est d’autant plus inquiétant que, d’après M. l’ambassadeur Schnabel «divers 
pays qui ont des lois différentes devront modifier leur Constitution». 
Mais, ajoute-t-il, «un accord existe déjà pour aller dans cette direction». 
Cela devient encore plus grave lorsqu’on songe que, en vertu des décrets 
d’exception édictés aux USA –et qui constituent de facto une abrogation du 
Bill of Rights- le délit de terrorisme est désormais étendu aussi au « 
soutien idéologique sans participation active » aux actes de terrorisme...
 

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