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Le prétexte humanitaire

Auteur(s): Michel Collon

Date: 23/11/2001

Ce sont les Etats-Unis et leurs alliés qui ont provoqué la catastrophe
«Nous devons occuper militairement  l’Afghanistan  pour éviter une 
catastrophe humanitaire», argumentent à présent les puissances 
occidentales. Pardon, n’est-ce pas vous-mêmes qui l’avez provoquée? 
N’êtes-vous pas un incendiaire qui se baptise pompier ?
 

Le pays le plus puissant du monde bombarde un des pays les plus pauvres. 
Résultat : il remplace des assassins appelés talibans par des assassins 
appelés Alliance du Nord. Dans les deux cas, des «seigneurs de guerre», 
c’est-à-dire des mercenaires au service d’intérêts étrangers, vivant du 
pillage et des trafics. L’Alliance du Nord qui avait tué cinquante mille 
personnes en quatre années d’occupation de Kaboul, reçoit une "seconde 
chance". Ils ont immédiatement pillé les dépôts de nourritures et rétabli 

 
leur monopole absolu sur le trafic de l’héroïne.
 
Deuxième résultat, constate une progressiste française dans un  récent 
e-mail : "Les bombardements ont chassé près d’un million et demi de civils 

 
afghans hors de leurs maisons. Pour modestes qu’elles soient, c’étaient des 

 
maisons. Les plus chanceux sont arrivés dans les camps déjà surpeuplés - 2 

 
millions 1⁄2 de réfugiés avant le 11 septembre - du Pakistan ; les 
moins chanceux sont arrivés dans les camps iraniens, également surpeuplés, 

 
où la dysenterie et le choléra se sont déclarés ; les encore moins chanceux 

 
errent sur les routes à l’intérieur de l’Afghanistan, quasiment sans 
nourriture et sous des abris de fortune dans le vent glacé ; les encore 
encore moins chanceux sont enfermés dans les montagnes Hazara, devenues 
inaccessibles, et attendent de mourir de faim et de froid."
 
En outre, en bombardant, les Etats-Unis ont détruit des barrages, centrales 

 
électriques, approvisionnement en eau, hôpitaux, écoles, fragilisant 
davantage encore la population à l’approche de l’hiver. Enfin, ils ont 
saboté le travail de l’ONU et des ONG qui tentaient de venir en aide à la 
population (bombardant 4 des 5 entrepôts de la Croix-Rouge).
 
A présent, ils vont faire tout le contraire et “secourir la population 
afghane”. Mais, pendant toutes les années précédentes, quand les ONG 
actives en Afghanistan criaient au secours, elles n’ont reçu aucune aide. 
Aujourd’hui, touchées par la grâce sans doute, l’armée US, l’armée 
britannique, l’armée allemande, l’armée française, l’armée belge et 
quelques autres se bousculent des coudes pour remplir leur «devoir 
humanitaire».
 
Ou bien veulent-elles occuper le terrain pour partager richesses et zones 
stratégiques? Comme au Kosovo découpé en zones d’occupation après de 
sordides marchandages. En Afghanistan, pas question de laisser le rival 
contrôler seul le pipeline à construire à partir de l’Asie centrale. 
 
Qui peut croire que l’humanitaire soit vraiment l’objectif ? D’autant que 
les dirigeants des Etats-Unis sont déjà en train de chauffer l’opinion pour 

 
bombarder également l’Irak, la Colombie ou la Corée du Nord, on ne sait 
encore dans quel ordre selon qu’on écoute les menaces du ministre Rumsfeld, 

 
de son vice-ministre Wolfowitz ou celles du vice-président Cheney1. 
Humanitaire d’aller aggraver les souffrances de la Corée du Nord dont 
l’agriculture se remet péniblement de trois années consécutives de terrible 

 
sécheresse ? Humanitaire d’ajouter au martyre du peuple irakien, étranglé 
par onze ans d’embargo criminel ?
 
Relire les prétextes du passé est instructif
En fait, ce touchant conte de fées humanitaire n’a rien de nouveau. Chaque 

 
fois qu’elles veulent occuper une région stratégique, les grandes 
puissances occidentales avancent de nobles raisons. Mais, à chaque guerre, 

 
les prétextes évoluent selon les besoins.
 
Exemple n° 1 : la guerre contre l’Irak en 1991. Pour envoyer les troupes US 

 
dans le Golfe, Bush père avance comme première raison : «protéger l’Arabie 

 
Saoudite», menacée, selon lui, d’invasion. Puis, ça devient “libérer” le 
petit Koweït (un des Etats les plus dictatoriaux du monde). Celui-ci 
“libéré”, voici plus humanitaire encore : protéger les Kurdes du nord de 
l’Irak (riche en pétrole, c’est un hasard). Plus tard, pendant dix ans : 
lutter contre les armes de destruction massive (par contre, celles de 
l’armée israélienne sont financées par les USA). Bref, 4 prétextes 
successifs.
 
Exemple n° 2 :  en 99, pour  bombarder la Yougoslavie. Clinton prétend 
d’abord qu’il veut mettre fin à la purification ethnique orchestrée selon 
lui par le gouvernement de Belgrade. Puis, quand les bombardements US ont 
provoqué le chaos au Kosovo, les milices séparatistes albanaises de l’UCK 
attaquant la police serbe et celle-ci chassant une partie de la population 

 
civile, l’Otan prétend intervenir pour mettre fin à un exode spectaculaire. 

 
En fait, elle l’a elle-même provoqué ! Ayant soigneusement excité le 
conflit, les USA pourront installer au Kosovo leurs bases militaires en se 

 
prétendant “arbitres”.
 
Exemple n° 3 : la guerre actuelle contre l’Afghanistan. Les objectifs 
avancés n’ont cessé d’évoluer. Rappelez-vous…  D’abord, «capturer Ben 
Laden». Puis, on a glissé vers «renverser les talibans qui le protègent». 
Quand ils ont proposé de le livrer à un pays tiers et que les USA ont 
refusé, c’est devenu  “mettre fin à l’oppression des femmes”. Oppression 
qui ne les gêne aucunement en Arabie Saoudite. A présent, ils sont en 
Afghanistan pour y  «ramener la paix». En réalité, qu’on évoque les crimes 

 
de l’Alliance du Nord, ne les dérange guère. Bonne excuse pour imposer des 

 
bases militaires.
 
Les pires agresseurs se sont toujours justifiés par de nobles prétextes. 
Léopold II “civilisait” le Congo, Hitler libérait les nations opprimées, 
Washington “démocratisait” le Vietnam…
 
«C’est la dernière fois que je vous dis la vérité»
Contrôler l’Afghanistan est la véritable raison de la présence de ces 
troupes. Comme d’habitude, on annonce d’abord de petits contingents et pour 

 
très peu de temps. Très vite, on augmente(ra) le nombre et la durée. Ce fut 

 
pareil dans le Golfe, en Bosnie, au Kosovo. 
 
Le 17 novembre, la Grande-Bretagne a décidé d’envoyer 6.000 hommes «bien 
plus qu’envisagé d’abord». Parce qu’elles ne seront pas si bienvenues: 
«Nous n’avons pas besoin d’aide étrangère», a déclaré Alou Zehi, un 
commandant d’artillerie de l’Alliance. «Le plus important est que nous ne 
permettrons à aucun pays d’utiliser l’Afghanistan comme base»,  a déclaré 
Abdullah au ministre britannique des Affaires étrangères Jack Straw.2
 
Les puissances occupantes (y compris l’armée belge) se préparent de beaux 
jours là-bas. Les pertes de soldats occidentaux sont déjà bien plus 
importantes qu’on ne dit. Après avoir martelé aux journalistes : «Nous 
n’avons pas eu de victimes», le ministre US de l’Armée, Rumsfeld, excédé 
par les questions embarrassantes sur ses hélicoptères qui ne cessent 
d’avoir des “accidents”, a lancé : «C’est la dernière fois que je vous dis 

 
la vérité.3»
 

1 The Independent, 21 novembre 2001.
2 The Telegraph et Reuters, 17 novembre 2001.
3 UPI, 19 novembre.


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