Auteur(s): Paolo Gilardi
Date: 13/10/2001
Depuis le 11 septembre, le président des Etats Unis n'a de cesse de sommer le monde. Il le somme de choisir. Entre le Bien et le Mal, entre civilisation et Barbarie, entre l'Amérique et les talibans. M. Bush demande une réponse. A l'unisson, ses vassaux européens, qu'ils s'appellent Blair, Schroeder, Jospin ou Berlusconi lui ont déjà donné la leur. Quant à nous, c'est dans la rue aujourd'hui, avec des milliers d'autres, à Rome comme à Berlin, à Paris comme à Washington et New York, que nous la lui donnons, notre réponse. Et nous lui disons : No, Mister President, jamais nous ne serons du côté de ces talibans qui depuis cinq ans oppriment des millions de femmes afghanes sans que vous et vos pairs vous vous en soyez particulièrement émus! Jamais nous n'apporterons notre soutien à ces talibans, vos anciens alliés. qui depuis cinq ans imposent à tout un peuple une des idéologies les plus liberticides qui soient. Jamais nous n'accepterons la violence homicide d'un milliardaire réactionnaire que vous avez armé et choyé pendant des années. Mais, nous vous disons aussi, No, Mister President, jamais nous n'accepterons que les forces armées de quelques uns des pays les plus riches de la terre bombardent et détruisent l'un des pays les plus démunis de cette planète. En Afghanistan, c'est une population déjà meurtrie par 22 ans de guerre, par la famine, par la dictature des talibans, qui subit les foudres de vos engins hyper sophistiqués. Ces engins que vous nous dites capables de tuer un homme au fond de sa cuisine sans casser la vaisselle, c'est la destruction, la terreur et la mort qu'ils répandent. En annonçant vouloir "raser Kandahar", le général Richard Myers, l'un de vos commandants en chef, l'a clairement dit: votre guerre tue, votre guerre tuera toujours plus. No, Mister President, votre guerre n'est pas la nôtre! Avec votre volonté d'avoir les mains libres pour "punir les soixante et un Etats" que vous soupçonnez de "favoriser le terrorisme", ce sont de nouveaux deuils que vous préparez. C'est le risque d'un conflit de grande ampleur que vous prenez et ceci sur le dos des populations! Ce sont des actes de représailles que vous suscitez, et ceci, une fois encore, contre les civils, comme l'étaient la plupart des six mille victimes des Twins Towers. Avec cette guerre, que vous déclenchez au nom de la Civilisation, c'est une grande partie de l'humanité que vous dressez contre plus d'un milliard d'habitants de cette planète, les musulmans! No, Mister President, l'Occident que vous prétendez incarner, n'est pas le notre! Cet Occident qui refuse les accords de Kyoto sur le réchauffement climatique, qui ne se rend pas à Durban pour la Conférence de l'ONU sur le racisme, cet Occident qui, jusqu'à hier seulement refusait aux palestiniens le droit à une patrie, cet Occident qui voit jour après jour des poignées de financiers réduire au chômage des dizaines de milliers de personnes, cet Occident n'est pas symbole de civilisation! Non, nous ne sommes pas tous américains! Solidaires du peuple américain dans sa souffrance, oui nous le sommes! Comme nous le sommes, solidaires, des millions d'hommes et de femmes, noirs, asiatiques et chicanos que votre système confine dans les ghettos, dans les bidonvilles, dans les prisons! Avec votre guerre, ce sont aussi nos droits et nos libertés qui en prennent un coup. La censure de fait qui s'instaure sur la presse, la limitation du droit de se déplacer, le contrôle et le fichage de la population, le déploiement de l'armée dans les villes vont de pair avec votre guerre. Avec elle, c'est à d'anciennes libertés que vous nous demandez de renoncer au profit de nouvelles peurs! Or, la peur, c'est le sommeil de la raison. Et, ainsi que le disait le poète, le sommeil de la raison n'engendre que des monstres. Voilà pourquoi, à votre sommation, aujourd'hui nous répondons: "Ni avec les talibans, ni avec le gouvernement américain!" Aujourd'hui, dans les rues de nos villes, à travers le refus de votre guerre, c'est l'embryon d'une nouvelle civilisation qui voit le jour. Une civilisation nouvelle qui dit stop à la guerre, qui vous dit arrêtez les bombardements, rentrez chez vous: GO HOME! Une civilisation nouvelle qui dit non à la militarisation, aux dépenses militaires, à l'existence des armées au profit du développement. Une civilisation qui dit BASTA! à l'humiliation de deux milliards d'hommes et de femmes privés de l'accès à l'eau, aux soins de base, à l'alimentation, humiliation dans laquelle plongent leur racines la violence et la terreur. Certes, plus que celui que vous nous promettez, notre combat sera long. Mais nous nous y engageons car, sur notre "No Mister President", c'est l'avenir que nous commençons à construire!