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Textes de conférence de presse

Conférence de presse "pas de soldats au WEF"

Auteur(s): Valérie Garbani, Conseillère nationale PS

Date: 03/12/2004

Ce matin la majorité bourgeoise du parlement a décidé d'engager l'armée
suisse pour la "protection" d'un évènement privé, le World Economic
Forum (WEF) de Davos. La nouveauté est que cette année le Conseil fédéral
a motivé le recours à la troupe non seulement avec le risque d’attentats
terroristes, mais aussi en raison du “risque fondamental d’atteinte à la
sécurité intérieure par des manifestations violentes accompagnées de
pillages (...) ainsi que des actions de blocage.”1 
La décision du Conseil national d'engager l'armée en raison
d'éventuelles manifestations rouvre la possibilité que des soldats
suisses se retrouvent, avec armes et munitions, face à des civils. Rien
que ce constat devrait alarmer au plus haut degré toute force démocratique
de ce pays. 
N'a-t-on rien appris de l'Histoire? En Suisse romande l'année 1932,
quand un engagement de l'armée provoqua 13 morts et 65 blessés, tous des
civils désarmés, est encore dans les mémoires. "Plus jamais ça" est
l'inscription sur le monument qui rappelle ce massacre à Genève. Plus
jamais l'armée ne doit intervenir contre des manifestations. Il est
scandaleux que la majorité du Conseil national ait choisi d'ignorer une
telle leçon de l'histoire. 
Qu'en est-il de la base légale de cet engagement? La Constitution
fédérale n'autorise l'engagement de soldats à l'intérieur que dans des
"situations d'exception"2. En qualifiant depuis l'an 2000, la tenue du
WEF, évènement privé et annuel, comme une "situation d'exception" pour
justifier l'engagement de l'armée, le Conseil fédéral et la majorité du
Conseil national détournent le sens de la Constitution. Ceci d'autant
plus que la "situation d'exception" n'est pas le fait d'une menace de
"terroristes", mais celle venant de personnes qui entendent manifester
leur protestation. Cela constitue non seulement une offense pour tous les
manifestants pacifiques qui sont ainsi disqualifiés et assimilés à des
criminels constituant une "menace grave pour la sécurité", c'est aussi
une justification dangereuse pour un engagement dangereux, au cours duquel
des soldats dépassés pourraient se trouver face à des civils. 
Même si on estime que la tenue du WEF exige des mesures de sécurité
accrues, cela ne saurait justifier l'engagement de soldats face à des
civils. A ce propos j'aimerais citer M. Schweizer, professeur de droit
constitutionnel à l'Université de Saint Gall: "un manque de policiers
n'est pas, au sens de la loi, une situation d'exception pour la
sécurité, mais plutôt c'est une défaillance politique des cantons." Si
le Conseil national constate depuis des années que pendant le WEF il
existe un besoin accru de sécurité et que le personnel n'est pas
suffisant, il aurait du soutenir depuis longtemps une augmentation des
forces de police au lieu de poursuivre l'effacement de la séparation des
tâches entre l'armée et la police.
A mon avis l'engagement de l'armée à Davos, et surtout avec la
motivation de mettre des soldats face à des manifestants, se place en
dehors des bases constitutionnelles. C'est pourquoi je comprends
entièrement les soldats qui refusent l'engagement au WEF. Il faut mettre
un verrou à la volonté de constamment réduire la distance entre soldats
armés et population civile. Pour ces raisons je soutiens également
l'appel du GSsA aux soldats et soldates suisses de refuser l'engagement
au WEF contre des manifestations.

1  Message du Conseil fédéral du 15 sept. 2004.
2  D’après l’Art. 58 de la Constitution l’armée ne peut être mobilisée en
appui aux autorités civiles qu’en cas de «grave menace pesant sur la
sécurité intérieure ou à d’autres situations d’exception».

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