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Ne nous réjouissons pas trop tôt

L’année 2020 avait battu tous les records en matière d’exportations de matériel de guerre. Ces dernières se maintiennent à un niveau élevé à la fin du deuxième trimestre 2021. Les deals avec des États en guerre et qui violent les droits humains vont bon train. JONAS HEEB

Mi-juin, le SECO publiait les chiffres semestriels des exportations de matériel de guerre.Durant les deux premiers trimestres de cette année, la Suisse a exporté du matériel de guerre d’une valeur de 367 millions de francs, soit environ 150 millions de francs de moins en glissement annuel. D’apparence positive, ces chiffres doivent toutefois être relativisés. Car durant l’année de crise qu’a été 2020, la Suisse a exporté du matériel de guerre d’une valeur astronomique de 901 millions de francs – du jamais vu ! À la fin du deuxième trimestre 2020, les exportations se chiffraient à 501 millions de francs. Au vu du triste record de l’année passée, il est évident et souhaitable que les chiffres soient plus bas cette année. Mis à part l’année passée, les résultats semestriels n’ont jamais dépassé ceux de cette année et ce depuis 2014. Seuls les résultats annuels sont disponibles pour les années précédentes. Les exportations restent donc à un niveau élevé et il n’y a pas de quoi se réjouir.

LES PROFITS AVANT LES DROITS HUMAINS
Ces armes continuent à être exportées vers des pays impliqués dans des conflits armés ou qui violent systématiquement les droits humains.Au cours de ces six derniers mois, des armes d’une valeur de 18 millions ont été livrées à l’Arabie saoudite, un des principaux acteurs de la guerre au Yémen, soit plus que durant toute l’année 2020. Par ailleurs, nous avons appris en juin que, dans le cadre du mondial de football, Rheinmetall Air Defence SA, une entreprise basée à Zurich, est censée livrer au Qatar des systèmes de défense aérienne dont le prix s’élève à 200 millions de francs. Le GSsA a lancé une pétition contre cette livraison. Les droits humains sont régulièrement bafoués au Qatar et la construction des stades pour le mondial a déjà coûté la vie de milliers de migrant·e·s. La Confédération ne nie pas ces faits, mais autorise malgré tout ces exportations. Ce qui montre une fois de plus l’importance de l’initiative correctrice.