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Finissons-en avec ces tas de ferraille inutiles

En soi, les avions de combat peuvent exercer une certaine fascination. Mais ces appareils meurtriers ne permettent de résoudre aucun problème. La lutte intergénérationnelle du GSsA contre les avions de combat soulève de manière récurrente la question de la finalité de la politique de sécurité suisse. JONAS KAMPUS

Soyons honnêtes, les avions de combat ont tout de même quelque chose de passionnant. Même les antimilitaristes les plus enhardi·e·s ne peuvent pas rester indifférent·e·s quand Maverick et Goose chassent des MiG-28 dans leurF-14A Tomcat. La plupart des opposant·e·s aux avions de combat se laisseront, elles et eux aussi, gagner par le pathos de Top Gun. Car oui, ces images de couchers de soleil teintées de propagande patriotique ne nous laissent pas de marbre. C’est également ce genre de représentations que Lockheed Martin utilise dans son spot publicitaire pour le F-35A Lightning II. Esthétiquement parlant, je suis très heureux que Viola Amherd ait choisi cet avion de combat de la cinquième génération : le fait qu’il s’agisse d’un avion furtif le rend beaucoup plus élégant qu en’importe quel Eurofighter.

Certes, les avions de combat ont certains attraits visuels, mais c’est bien le seul aspect positif que je peux trouver à ces tas de ferraille. Aéronefs militaires, bombardiers, avions de combat et drones sont des éléments essentiels des champs de bataille depuis plus d’un siècle. Ils peuvent bombarder et incendier des villes entières, déverser du napalm ou lâcher des bombes atomiques, tuant ainsi des centaines de milliers de personnes en quelques secondes. Les pilotes d’avions de combat ont quelque chose de prométhéen : bien en sécurité à bord de leur engin, ils·elles trônent au-dessus de leurs victimes mortelles, contrôlant leur destin. Les avions de combat sont fondamentalement mauvais : on ne peut les utiliser ni pour cultiver un champ, ni pour bercer un enfant, ni pour nourrir qui que ce soit, on ne peut les utiliser que pour tuer.

Il convient de remercier tout particulièrement celles et ceux qui ont lancé l’initiative « Stop F/A-18 ». Le comité aurait également pu vouloir empêcher un autre achat de l’armée, mais les avions de combat déchaînent les passions plus que le reste du matériel militaire. Ces derniers symbolisent le potentiel destructeur du militarisme, l’inutilité de l’armée suisse et l’arrogance des haut·e·s gradé·e·s. L’initiative contre les F/A-18 a déclenché trois décennies de résistance, la votation de 1993 ayant politisé toute une génération. Si l’initiative a été rejetée, cela n’a pas empêché le GSsA de bloquer le remplacement des F-5 Tigers et des F/A-18 Hornets. D’anciens procès-verbaux montrent que ces acquisitions avaient déjà été discutées en 2004 au sein du GSsA – et ce sujet nous préoccupe jusqu’à aujourd’hui. Le fait qu’en 2021, l’achat de nouveaux avions de combat fasse encore l’objet de débats est un énorme succès pour le GSsA et tout le mouvement antimilitariste.

Si l’achat de nouveaux avions de combat paraissait absurde en 1993, le fait de dépenser des milliards pour ces engins hightech est aujourd’hui tout simplement cynique, compte tenu de l’imminence des crises climatiques et sanitaires. Les avions de combat ne sont tout simplement plus dans l’air du temps. Ils ne permettent pas de résoudre un seul des grands problèmes de notre époque et même dans le contexte militaire, leur importance est devenue moindre. Ainsi, l’ancien chef de l’armée a cri-tiqué le projet Air2030 et conclut qu’aucun des scénarios de menace ne justifie l’achat de nouveaux avions, s’opposant ainsi à l’achat de nouveaux jets, quel qu’en soit le modèle. La production et l’acquisition de nouveaux avions de combat semble avoir pour seul but de rassurer les hommes apeurés. Ils voient leur position dominante remise en question et seul un engin meurtrier peut leur offrir la stabilité dont ils ont besoin. Les missiles et les bombes ne sauront venir à bout d’aucun virus et d’aucune molécule de CO2, mais les avions de combat aident à réprimer ce constat.

Expédions ces avions réactionnaires dans les poubelles de l’histoire !