Financement du matériel de guerre

La Suisse ne produit et n’exporte pas seulement du matériel de guerre, elle finance aussi la production de celui-ci à l’étranger. Les banques suisses et les caisses de pension investissent chaque année des centaines de millions dans des entreprises d’armement qui produisent entre autres des armes proscrites internationalement telles que des armes nucléaires et des armes à sous-munitions. Et ceci, malgré le fait que le financement de ces armes est interdit en Suisse depuis juillet 2012.

Notre argent est versé dans l’industrie d’armement

La place financière suisse est rarement à l’origine de unes de journaux positives. Les banques doivent être sauvées alors qu’elles versent d’immenses bonus à leurs dirigeant·e·s. Elles suppriment des postes et poussent certain·e·s employé·e·s au burn-out. Mais ce qui ne figure jamais en une, ce sont les processus et les pratiques qui se déroulent derrière à la façade. Où est véritablement versé notre argent ? Que se passe-t-il avec l’argent des caisses de pension ? Le silence est de mise sur ces sujets et non sans raison. Les banques et les caisses de pension investissent là où elles peuvent faire du profit : dans des grandes entreprises extrêmement diverses ou dans des fonds indiciels qui suivent la valeur d’un index boursier donné (p.ex. DAX, Dow Jones, CAC40). Le critère principal pour un investissement est le retour sur investissement, c’est-à-dire le gain par rapport au montant investi. Certes, certaines banques, parmi lesquelles la Banque Nationale Suisse (BNS), ont mis en place des codes éthiques mais cela n’est pas grand chose de plus qu’un façon de soigner leur image. Ainsi, les mots suivant figurent dans le rapport d’activité de la BNS de 2013 :  » La BNS a décidé en 2013 de ne pas investir dans des entreprises qui produisent des armes proscrites internationalement. »

Ce qui semble pas mal sur le papier n’a en réalité aucun effet dans la pratique : durant le premier semestre 2014, c’est-à-dire peu après cette décision, la BNS a porté sa participation aux entreprises américaines d’armement Honeywell International et Lockheed Martin à 66 millions de dollars, soit 43 millions de francs. Honeywell International produit environ 85 % des composantes non-nucléaires de l’arme atomique américaine et participe à la simulation de tests de bombes atomiques. La caisse de pension norvégienne a pour ces raisons exclu l’entreprise de ses investissements- la Suisse a, quant à elle, augmenté ses investissements… Le financement de Lockheed Martin, le plus grand producteur d’armement au monde, qui produit des armes atomiques pour la Grande-Bretagne et les USA, est encore plus problématique. 76 % de la production de cette entreprise sont des armements, dont les fusées nucléaires du type trident-II(D5) qui sont lancées depuis les sous-marins. Ici aussi, le fonds de pension norvégien a montré le bon exemple : il a également exclu Lockheed Martin de ses investissements.

Le rôle de la Banque Nationale Suisse

Les placements de la BNS, qu’elle-même ne rend pas publics mais qu’elle doit communiquer aux autorités étasuniennes, mettent clairement en évidence la véritable situation, bien éloignée de la décision cousue de fil blanc figurant dans le rapport d’activité de 2013 : 34 des 100 plus grands producteurs d’armements profitent du financement de la BNS, dont Raytheon et General Dynamics, qui impliqués dans la production d’armes à sous-munitions. Interpellée sur les actions de Lockheed Martin et de Boeing qu’elle détient (l’entreprise Boeing est elle aussi impliquée dans la production d’armes atomiques et produit le bombardier à long rayon d’action B-52, qui peut peut envoyer des missiles de croisière nucléaires.), la BNS répond :

« Si nous ne pouvions plus acheter des titres de grands producteurs d’avions et d’armement, nous risquerions de ne plus pouvoir investir passivement, en représentant des indices. » Ce qui est toutefois intéressant, c’est que les banques scandinaves, qui elles aussi investissent passivement, ont exclu de manière effective de leurs investissements toutes les entreprises précitées…

Les caisses de pension

Les caisses de pension investissent avant dans des entreprises productrices de matériel de guerre via des fonds indiciels. Ainsi, la fondation de prévoyance du personnel de la ville de Berne investit 1,8 % de son volume de placements dans de tels entreprises. D’autres caisses de pension telles que celle de la Poste, de Ruag ou Publica investissent environ 0,3 % de leurs placements totaux dans des entreprises d’armement. On peut partir du principe qu’entre 4 et 12 milliards de francs sont versés des caisses de pension vers les entreprises d’armement. Comme exemple positif, on peut citer la caisse de pension de la ville de Zurich, une des 300 caisses de pension les plus grandes au monde, qui exclut de son portefeuille de placements les producteurs d’armes nucléaires et d’armes à sous-munitions.

UBS, Credit Suisse, banques cantonales – tous sont impliqués dans le commerce de guerre

En ce qui concerne les investissements dans des entreprises d’armement qui produisent des armes nucléaires et des armes à sous-munitions, la BNS se retrouve en très bonne compagnie. Le Créduit Suisse, UBS, le banques cantonales mais aussi des banques moins connues telles que GAM Holding, Lombard Odier, Darier Hentsch & Cie, Main First Holding et le réassureur Swiss Re : tous ont investi jusqu’à des milliers de millions dans des entreprises qui produisent des armes proscrites internationalement. En tête de cette triste liste figure UBS qui a investi environ 5 milliards de dollars depuis 2011 dans des entreprises productrices d’armes atomiques et d’armes à sous-munitions, parmi lesquelles figurent Lockheed Martin, Boeing, BAE Systems et Raytheon. Ces entreprises  occupent les 4 premières places sur la liste des 100 plus grands producteurs d’armement au monde. Cependant, l’UBS n’est pas la seule banque à profiter de ces investissements éthiquement douteux.

Certes, le Crédit Suisse annoncé en 2010 une mesure extrêmement prometteuse : ne plus entretenir de relations commerciales avec des producteurs de mines antipersonnel et d’armes à sous-munitions, mais malgré cela elle a investi 1 milliard de dollars depuis janvier 2011 dans des entreprises qui produisent des armes atomiques et des armes à sous-munitions. Il faut néanmoins prendre en compte le fait qu’elle est la seule grande banque suisse à disposer d’une réglementation à ce sujet et qu’elle a mis fin à ses relations avec Textron, un des plus grands producteurs de sous-munitions. Toutefois, le Credit Suisse finance aussi les 6 plus grandes entreprises d’armement au monde et possède des parts d’Elbit Systems et Rheinmetall. De nombreuses banques privées sont probablement également impliquées dans ce commerce. Il est toutefois extrêmement difficile de découvrir quoi que ce soit sur leurs placements et de mettre en évidence des chiffre exacts. Globalement, on peut retenir que depuis janvier 2011, plus de 5 milliards de dollars US ont été versés des banques suisses vers des entreprises productrices d’armes atomiques et à sous-munitions. Seules les grandes banques précitées et les entreprises produisant des armements internationalement proscrits sont inclues dans ce chiffre (c’est donc sans compter Rheinmettal, Elbit Systems etc.). Avec ces milliards, les banques suisses financent donc des entreprises produisant des armes atomiques et à sous-munitions, même si cela est interdit par la loi suisse.

Nos revendications

Pour éviter que l’industrie d’armement continue à être soutenue financièrement par de l’argent suisse- et aussi par l’argent des caisses de pension- et que nous soutenions avec notre argent la production d’armes atomiques et d’armes à sous-munitions, une interdiction de financement effective est nécessaire. De plus, les banques devraient mettre en place des critères éthiques pour leurs activités et rendre ces dernières transparentes, de la même manière que ce que font déjà de nombreuses entreprises. Là où règne l’opacité, comme par exemple au sein des caisses de pension, les Suisses et les Suissesses devraient avoir le droit de savoir ce qu’il advient de leur fortune et ce qu’ils financent indirectement en dernier lieu. Ce n’est que comme cela qu’il sera possible d’avancer nos critiques et de demander des comptes aux instituts financiers. De telles mesures sont urgentes : les entreprises d’armement les plus importantes au monde jouent un rôle significatif dans les placements d’un nombre non-négligeable de banques suisses que nous avons examinées. Les banques scandinaves telles que ASN Bank, Folksam, Philips Pension Fund, PNO Media ou encore Storebrand Group démontrent qu’il est possible de faire les choses autrement. Toutes ces banques ont exclu de leurs investissements toutes les entreprises actives dans la production d’armes atomiques ou à sous-munitions. Le GSsA exige qu’en s’inspirant de ce modèle, les banques suisses et les assurances mettent fin à leur participation au sein de producteurs d’armes atomiques et de sous-munitions ainsi que l’interdiction totale du financement d’armements.

Nous avons lancé une initiative le 11 avril 2017 pour interdire le commerce de guerre. Nous l’avons déposée à la Chancellerie Fédérale le 21 juin 2018 avec 104’902 signatures valides.

Vous souhaitez vous engager contre le commerce de guerre et pour un monde plus pacifique ? Cliquez ici !

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