exportation de matériel de guerre

Exportation de matériel de guerre

Les armes ne sont pas un produit comme un autre. Elles sont produites pour réduire à néant des vies humaines, le plus possible et de la manière la plus efficace possible. La Suisse, avec ses apparences de première de classe, se salit aussi les mains dans ce commerce répugnant.

Les exportations en 2016

En 2016 la Suisse a exporté des biens d’armement à hauteur de 1,1 milliards de francs. C’est légèrement moins que l’année précédente mais le niveau d’exportations reste globalement élevé et ce, de manière constante depuis la fin de la guerre. En 2011 et 2012, ces chiffres ont atteint de tristes records. Le pays qui a le plus bénéficié de l’exportation suisse de matériaux militaires et de guerre ces dernières années est l’Arabie saoudite.

C’est justement dans le domaine des «biens militaires particuliers » que la région la plus explosive au monde actuellement, le Moyen-Orient, est le principal débouché du marché de l’armement suisse. Par ces échanges commerciaux, la Suisse ne compromet pas seulement ses positions diplomatiques de paix, mais aussi sa neutralité et sa tradition humanitaire.

Des années plus tard, le matériel de guerre reste mortel

Le fait que les matériaux de guerres exportés sont encore mortels des années après leurs livraisons nous a été prouvé par une vidéo de mai 2015 à la frontière du Yémen. Des tanks Piranha, produits en Thurgovie, livrés à l’armée de l’Arabie saoudite ont en effet fait leur apparition dans une vidéo montrant des préparatifs pour l’invasion du Yémen. La dernière livraison de tanks suisses en Arabie saoudite datait d’il y a 5 ans, mais la grande qualité du matériel suisse garantit son efficacité sur le long terme, même pour une utilisation dans une guerre des années plus tard…

Les exportations d’armes sans problème n’existent pas. La « guerre contre le terrorisme » en Irak, en Afghanistan et en Syrie montre que même les démocraties occidentales ne craignent pas les guerres qui violent le droit international et de façon générale, les violations des droits humains. Même dans les pays en guerre civile, des armes suisses sont utilisées. Au Tchad, en Irak, en Iran, au Guatemala, au Mexique, en Angola et en Birmanie les régimes totalitaires ont bombardé leur propre population avec des avions Pilatus suisses.

Qui produit et qui profite ?

La Suisse est un endroit sûr pour les diverses entreprises d’armement qui y ont élu domicile. Aux côtés de nombreuses petites entreprises, qui produisent du matériel de guerre, des « biens militaires particuliers » ou des biens « dual-use », quatre grandes entreprises sortent du lot : la Mowag (General Dynamics Européen Land Systems), Pilatus-Werke, Rheinmetall-Air-Defence et Ruag.

  • Mowag

Le principal produit d’exportation de l’entreprise Mowag établie à Kreuzlingen (TG) est le tank « Pirana ». Ces tanks sont à l’heure actuelle utilisés par l’Arabie saoudite au Yémen pour combattre les rebelles Houthis. L’Arabie saoudite les avait déjà utilisés en 2011 pour se débarrasser du mouvement d’opposition qui occupait le Bahrain pour réclamer plus de démocratie. Lors de la guerre en Afghanistan, des tank Pirana ont également été utilisés.

Le Danemark, l’Allemagne, l’Irlande, la Finlande, la Belgique et la Roumanie, quant à eux, utilisent ces mêmes tanks dans la soit disant « guerre contre le terrorisme ». Leur utilisation à coûté la vie à de nombreux civils. Depuis des dizaines d’années de nombreux régimes autoritaires utilisent les Tanks de l’entreprise Ruag afin de mater l’opposition.

L’entreprise Mowag avait une relation particulièrement étroite avec le dictateur Chilien Augusto Pinochet. Après avoir quitté le pouvoir, en 1990, il est invité secrètement en Suisse, pour une rencontre amicale avec le chef de Mowag.

  • Pilatus

Les usines Pilatus établies à Stans (NW) fabriquent des avions militaires légers en plus d’avions privés civils. Ces machines sont officiellement considérés comme avions d’entraînement et peuvent par conséquent être exportés presque partout. En réalité, ces avions sont souvent utilisés dans des opérations de combat, en particulier contre les insurrections. Un des derniers scandales en date est l’achat de Pilatus PC-12 par les USA. Après leur achat, ces avions ont été équipés en technologies de surveillance ultra-modernes et envoyés en Afghanistan…

 

Alors que l’entreprise Pilatus elle-même fait l’éloge de son avion comme étant approprié pour des opérations militaires, la Suisse officielle, elle, détourne le regard. Le Tchad a lui aussi utilisé des PC-9 de Pilatus pour larguer des bombes à fragmentation sur les gens qui fuyaient le pays. Un exemple de plus : Au Chiapas, l’armée mexicaine a bombardé des villages avec des avions Pilatus. Plusieurs centaines de personnes sont mortes. La triste liste continue et inclut la Birmanie, le Guatemala et l’Angola. Même le gaz que Saddam Hussein a utilisé contre les Kurdes, dans le nord de l’Irak, a été largué par des machines Pilatus.

  • Rheinmetall Air Defence

Rheinmetall Air Defence est la division « armement » du groupe Oerlikon-Bührle. Cette société appartient au groupe allemand Rheinmetall et fabrique entre autres des canons antiaériens et des munitions de calibre moyen. L’Iran, la Chine ou encore le Pakistan sont équipés de canons Oerlikon.

Le dernier scandale concernant Rheinmetall est une affaire de corruption en Grèce, dans laquelle les fonctionnaires du ministère ont reçu des pots de vin d’une valeur de plusieurs millions, afin que la Grèce achète le système de défense aérienne de Rheinmetall

  • Ruag

L’entreprise Ruag est détenue à 100% par la Confédération. Aujourd’hui, elle génère la moitié de son chiffre d’affaires dans le secteur civil, mais continue à produire des armes. Les armes à feu de petit calibre sont de véritables armes de destruction massive: elles font près de 1000 victimes par jour.

Ruag est le plus grand producteur de munitions d’armes légères en Europe. En plus de la production pour l’armée suisse, Ruag exporte dans le monde entier. Ainsi en 2012, des grenades à main de Ruag sont apparues en pleine guerre civile syrienne.

Comment est-ce-que les exportations d’armes sont réglées en suisse?

Les bénéfices réalisés en Suisse l’ont été jusqu’ici au détriment de vies humaines et préférés à celles-ci. Ce constat devient de plus en plus évident, au fur et à mesure de l’assouplissement de l’ordonnance sur le matériel de guerre. Cet assouplissement ouvre la voie à des exportations de matériel de guerre vers des régimes qui violent systématiquement et gravement les droits humains. Le matériel de guerre est réglementé par la loi sur les matériaux de guerre et la loi sur le contrôle des marchandises. La question de ce qui est défini comme du matériel de guerre est donc centrale.

En droit suisse, le terme «matériel de guerre» fait référence aux armes, systèmes d’armement, munitions ainsi qu’aux engins explosifs militaires et éléments d’équipement, qui sont spécifiquement conçus pour la guerre ou le combat et ne sont pas utilisés à des fins civiles. Les «biens militaires particuliers», par exemple les avions d’entraînement militaire Pilatus, relèvent de la loi sur le contrôle des marchandises. D’un point de vue international, il s’agit là d’une spécificité suisse. En effet, dans les statistiques internationales portant sur le commerce de matériel de guerre la distinction entre ces deux catégories n’est pas faite.

La loi qui contrôle les exportations de marchandises normales est bien moins sévère que celle qui concerne les exportations de matériaux de guerre. Les biens « dual-use », c’est-à-dire des biens qui peuvent à la fois être utilisés dans le domaine militaire et dans le domaine civil, sont sujets cette première loi. On peut citer comme exemple de bien « dual-use » les produits chimiques, à partir desquels on peut à la fois produire des engrais, foncièrement civils, et des explosifs militaires. La distinction entre matériel de guerre et « biens militaires particuliers » sert donc à faciliter les exportations pour certaines entreprises. En effet, qu’il s’agisse du tank Piranha de Mowag (matériel de guerre) ou des avion militaires de Pilatus (biens militaires particuliers), ce sont bel et bien des armements qui serviront en définitive dans des conflits armés.

Quel est le rôle joué par ces exportations dans l’économie suisse ?

L’industrie de matériel de guerre ne constitue qu’une minuscule part de l’industrie d’exportation suisse. Seuls quelques millièmes des exportations suisses en sont issus. Selon une étude de la Confédération menée en 2008, l’industrie d’exportation de matériel de guerre emploie directement 3’335 personnes, à ce chiffre s’ajoutent 1’797 emplois auprès d’entreprises sous-traitantes. Aujourd’hui, la part de matériel de guerre dans les exportations est encore plus petite qu’en 2008. Le nombre d’empois totaux dans ce secteur ne représente que la moitié de ceux dans l’industrie minière suisse ou de ceux à l’hôpital Inselspital de Berne. L’industrie d’exportation d’armes est à l’origine de moins de 0,1 % du PIB suisse – c’est, à titre de comparaison, autant que l’ensemble des entreprises produisant des fenêtres en bois en Suisse.

En 2015, la Suisse va continuer à exporter assidûment  : le Danemark a annoncé en mai 2015 une commande d’au moins 206 chars Piranha auprès de Mowag-afin de les utiliser en Afghanistan. Piltaus va certainement à nouveau se retrouver dans les chiffres noirs : après que l’Inde a commandé une première livraison de 75 Pilatus PC-7 MkII, le pays a à nouveau passé commandé pour 37 avions militaires supplémentaires. Grâce à l’assouplissement de l’ordonnance, la porte est à nouveau grande ouverte pour les entreprises d’armement dans l’optique d’exporter vers des pays faisant fi des droits humains tels que l’Arabie Saoudite ou d’Egypte. Une baisse des exportations de matériel de guerre qui se ferait d’elle-même n’est donc plus à attendre…