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Chronique de la permanence: D’injustice en bêtise, en sortir au plus vite (Non à la tonsure) !

Ce qui suit ressemble beaucoup à ce que nous entendons souvent à la permanence...

Une personne qui serait prête à faire son service, qui a des compétences utiles à l’armée mais que l’armée ne met pas en valeur, ici en commettant une injustice crasse et qui, devant la bêtise et les brimades de la vie de caserne, ne demande plus qu’à arrêter, parfois au plus vite… pour aller s’épanouir au service civil! Pour nous la conscription n’a aucun sens: ce n’est pas en apprenant la guerre à une partie de la population que l’on construit la paix! Mais si en plus elle doit se dérouler dans de telles conditions, alors elle est abjecte. Bonne lecture!

Loin de vouloir fêter le 1er août au Grütli, je trouve que s’investir personnellement, «rendre service» à son pays est une bonne idée.
Passionné de montagne, mon seul souhait était d’être incorporé dans les «spécialistes en montagne».

Lors du recrutement, j’ai obtenu la «mention sportive», ce qui aurait dû me permettre de choisir dans quelle arme je voulais servir. A la fin du 2ème jour, mon camarade de recrutement (ou numéro «2», la dévalorisation étant assez fréquente à l’armée) a eu son entretien avant moi. En sortant, il raconte qu’il est accepté comme spécialiste en montagne et que le papier «jeunesse et sport», qu’il n’a pas, n’est pas obligatoire. Mon tour venu, je suis appelé chez un autre colonel, qui me félicite pour mes résultats sportifs, mais me dit que sans le papier «jeunesse et sport», il est impossible d’être «spécialiste en montagne». J’ai eu beau lui énumérer tous les sommets et itinéraires que j’avais faits, il n’a rien voulu savoir. Il m’a dit: «C’est le règlement…». Et c’est là, ma première mauvaise expérience avec l’armée!

Essayant de rester positif, j’ai entendu sa proposition:
grenadiers de chars. La vidéo présentant le travail de cette arme montrait trois soldats sortant d’un char en courant. Donc, je serai à l’arrière d’un char et quand les portes s’ouvriront, il faudra courir … Pourquoi pas? J’ai accepté.

J’ai commencé mon école de recrue en juillet. Nous avions rendez-vous dans une halle à chars. Nous avons été triés en plusieurs groupes et la première chose qui m’a été demandée était combien de «pompes» je pouvais faire… La deuxième était de me mettre dans la file pour me faire raser la tête. Mes cheveux mesurent 2 à 3 centimètres; j’ai dit qu’ils ne me gêneraient pas lors des exercices et qu’ils seront une bonne protection contre le soleil. En sortant de la halle, la quasi-totalité des nouvelles recrues étaient rasées. Je peux vous dire que cela m’a fait une drôle d’impression. C’etait comme d’être à un rassemblement d’extrémistes. Puis, tous les jours, les recrues qui ne s’étaient pas rasées le crâne recevaient des «menaces» et des remontrances. Chaque jour, on m’a dit que si je ne me rasais pas, il faudrait en payer les conséquences. Qu’est ce que ça veut dire? Faut-il absolument que je ressemble à un néo-nazi? Et le weekend, lorsque je serai avec ma famille et mes amis, sans l’uniforme, que vont-ils penser? Et en quoi le fait d’avoir le crâne rasé améliore-t-il mes compétences militaires? Et puis, tous les rasés ont attrapé des coups de soleil. Merci l’armée!

Nous étions environs 300, divisés en groupes d’une trentaine. Les supérieurs ont soigneusement séparé les 30 francophones pour les repartir dans des groupes germanophones. Un beau mélange culturel. Mais un problème est vite survenu: la langue! A notre arrivée, nous avons eu le droit d’écouter l’hymne national dans les trois langues … Mais ensuite, avec un instructeur incapable de faire une phrase en français, nous avons reçu la quasi-totalité des instructions en suisse-allemand.

Les gradés ne se donnaient même pas la peine de parler allemand, tout se passait en suisse-allemand. Et lorsqu’on demandait une traduction, ils se contentaient de résumer un discours de 5 minutes en 3 phrases incompréhensibles … ou de nous dire gentiment: «pour les romands, c’est LE même chose». Amusant la première fois, inconcevable lorsque les instructions concernent des armes à feu. Donc en plus d’être confronté à beaucoup d’extrémistes, il faut faire face, pour de très bonnes raisons, à un sentiment d’insécurité important lors du maniement des armes.

J’ai entendu plusieurs histoires d’exercices stupides avant d’entrer dans l’armée. Durant le peu de temps que j’ai passé à Thoune, j’ai eu droit à quelques spécialités: faire des pompes à moitié immergé dans l’eau, courir sans faire d’étirements, faire des pompes sur les poings, sur le goudron, jusqu’à avoir les mains en sang … J’en passe.
C’est pour toutes ces raisons que j’ai décidé, dès les premiers jours, de quitter l’armée. J’ai demandé à avoir un rendez-vous chez le psychologue.

Pendant 4 jours, j’ai dû insister pour avoir ce rendez-vous, dire que ma décision était prise et que je ne changerai pas d’avis. Finalement, je l’ai eu durant ma deuxième semaine.

J’ai ensuite pris contact avec le service civil. Ils ont rapidement envoyé
une réponse positive à ma demande d’admission. J’ai vu qu’un établissement cherchait un civiliste capable d’enseigner l’escalade. Je me suis proposé et les responsables du centre régional ont fait un travail remarquable en accélérant la bureaucratie pour que je puisse avoir la place. En quelques semaines, je suis passé de recrue à civiliste.

Mon contrat était d’abord de sept mois, ce qui correspondait à mon «affectation longue» (période de service civil obligatoire, de 180 jours au moins, pour les militaires n’ayant pas fini l’école de recrue, ndr.), période pendant laquelle j’ai mené, avec une étudiante de HES, un projet d’escalade avec des adolescents. Une expérience inoubliable. Mon service se passant à merveille, mes supérieurs m’ont proposé de prolonger mon contrat, de passer la totalité de mon service civil avec eux. J’ai passé treize mois exceptionnels. Ça, c’était une expérience de vie unique!

Je trouve que l’alternative du service civil est totalement dévalorisée lors du recrutement. Dommage!

Auteur connu de la rédaction

Note: Règlement de service de l’armée suisse, article 58 (extrait): «(…). Les cheveux notamment doivent être propres et soignés; les cheveux longs ne doivent pas flotter sur les épaules. (…)». Donc si vraiment vous voulez faire l’armée, vous pouvez garder vos cheveux! Dans la pratique, qui peut varier d’un officier à l’autre, ils ne doivent pas toucher le col, mais une queue de cheval, voire un filet peuvent faire l’affaire. Et de plus, il y a un droit à l’égalité de traitement avec ce qui est permis pour les «soldates» … Mais pour faire valoir cette égalité-là, c’est une autre affaire. Mais c’est un beau geste de solidarité avec ces dames que de rappeler cette égalité: il y a d’autres violations de cette égalité hommes-femmes – souvent bien plus graves – que les soldates peinent à faire valoir.