"Une Suisse sans armée" n°38, été 1998, p. 15

On nous écrit:

Et si l'armée était ...

Je ne suis qu'un jeune citoyen de 19 ans, et, partant, je ne connais pas encore très bien toutes les conditions du monde dans lequel je vis. Mais ayant déjà effectué la part la plus importante de mon service militaire, à savoir mon école de recrue, je pense être à même de disserter sur la question de l'armée.

Je trouve inadmissible que l'on puisse octroyer à l'armée un tel budget, malgré une crise autant sociale qu'économique. D'autant plus qu'en étant lucide, la seule raison pour laquelle la Suisse pourrait se faire envahir est son passage transalpin. Ce maigre avantage géographique ne justifie guère un tel appareil militaire.

Afin d'ores et déjà de contredire mes détracteurs, je tiens à signaler que la Belgique s'est faite envahir par les Allemands durant la deuxième guerre mondiale et, malgré tout, maintenant, il ne sont pas plus mal lotis que nous. D'ailleurs, j'irai même plus loin, si nous nous étions également fait envahir à l'époque, les Suisses romands sauraient désormais l'allemand et n'auraient peut-être pas une telle aversion contre le voisin suisse-alémanique.

Evidemment, il est plus facile de juger l'Histoire après coup, mais partant, cela ne nous empêche pas de la créer. C'est pourquoi j'ai développé un modeste concept d'une nouvelle armée.

Etant donné qu'il est de tradition que chaque jeune citoyen ou citoyenne, selon son désir, serve son pays, autant exploiter intelligemment ces forces vives. En effet si au lieu de ramper inutilement dans la boue en criant «pan, pan!», les jeunes appelés passaient leurs obligations à aider les gens dans le besoin, cela serait certainement bien plus profitable pour tout le monde.

Mon idée est que notre pays pourrait utiliser une grosse majorité de son effectif dans le secteur social. Car il est certainement plus utile d'aider les malchanceux, les personnes âgées ou toute personne dans le besoin que d'apprendre à se défendre contre un ennemi qui n'est en fait qu'une chimère pour quelques officiers névrosés.

Malgré tout, il reste le problème des purs et durs du monde militaire qui n'accepteront jamais de ne passer leur service qu'à aider les autres. Pour ceux-là, je pense qu'il serait bon de les utiliser dans des secteurs qui ont leur place dans la réalité, à savoir les troupes d'aide en cas de catastrophe, les troupes de déminage des zones dangereuses du globe, la sécurité aux frontières, les aéroports ou encore les brigades anti-terroristes. Ces corps paramilitaires (ne représentant qu'un faible pourcentage de l'effectif global) pourraient ainsi rassurer les anxieux et justifier l'insertion dans une «nouvelle» armée des «fous de guerre».

Toutes ces occupations pourraient autant servir dans notre pays que sur le plan international, offrant ainsi à la Suisse l'occasion d'être une nouvelle fois fidèle à sa tradition d'entraide mondiale.

L'armée emploie énormément de monde. Je pense que tous ces fonctionnaires pourraient continuer à servir, formation à l'appui, qui dans l'encadrement, qui dans la gestion de cette «armée» sociale. Si de plus l'obligation de servir était réduite à la seule durée de l'école de recrue, laissant ainsi les salariés développer leurs forces vives au profit de la vie économique, les retombées financières seraient, à coup sûr, non négligeables. Ainsi, l'argent économisé dans le budget de l'armée et celui provenant d'une économie encore plus performante, n'étant plus freinée par le détournement de ses employés, comblerait sans aucun doute le manque à gagner du secteur économique entretenu actuellement par les besoins militaires.

Je n'ai pas la prétention d'espérer que cet article changera quelque chose à l'aberration militaire. Mais étant encore un utopiste, je pense qu'il est valable de se battre uniquement pour des valeurs.

Antimilitaristement vôtre,

Gilles Marmy