"Une Suisse sans armée" n°38, été 1998, p. 11
La classe politique qui se faisait l'avocat des vertus de «l'équilibre de la terreur», adopte un profil bas. Le monopole du feu nucléaire des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l'ONU ne nous aura pas préservé d'une dangereuse accélération de la course à l'armement nucléaire. Les 11 et 13 mai, l'Inde procédait pour la première fois à une série d'essais nucléaires. Son voisin, le Pakistan relevait le défi quelques jours plus tard en faisant éclater à son tour ses premières bombes atomiques. Il devient le premier pays musulman à maîtriser cet arme... Extrêmement inquiétant puisque ces deux Etats se sont déjà fait la guerre à plusieurs reprises!
Le club des cinq (USA, Russie, France, Grande-Bretagne, Chine) est quelque peu mal à l'aise. D'une part, les cinq sages du Conseil de Sécurité de l'ONU manquent de crédibilité pour reprocher aux autres ce qu'ils font eux-mêmes. De l'autre, que sans leur aide, jamais New Delhi et Islamabad n'auraient pu développer des bombes nucléaires.
Le Troisième millénaire sera encore moins sûr que ne l'a été ce siècle, marqué par deux guerres mondiales, la dernière se terminant par les bombardements nucléaires américains sur les villes de Hiroshima et Nagasaky. Une quinzaine de pays sont sur le point de posséder l'arme atomique. Voilà un événement qui ne manquera pas de les encourager à accélérer leurs recherches !
Dans l'immédiat les miséreux du Pakistan et de l'Inde devront payer la facture. L'ancien premier ministre de Zulficar (Ali Bhuto) avait un jour promis «la bombe» à ses concitoyens, «quitte, avait-il dit, à ce que les Pakistanais en soient réduits à manger de l'herbe»(Le Monde, 30 mai 1998). Aujourd'hui les populations misérables de ces deux pays crèveront de faim pour que dans le futur leurs descendants puissent brûler sous le feu nucléaire! C'est bien de cela qu'il s'agit pour un pays comme le Pakistan, qui consacre environ 47% de son budget pour sa «défense», contre moins de 1% pour l'éducation! Le premier ministre du Pakistan Nawaz Sharif a donc exhorté ses compatriotes à «se serrer la ceinture», donnant lui même l'exemple... en quittant sa luxueuse résidence au centre d'Islamabad, pour une demeure plus modeste!
C'est contraintes par l'opinion publique mondiale que les grandes puissances avaient renoncé aux essais nucléaires. Aujourd'hui déjà, en France, le député RPR Pierre Lelouche propose à l'Assemblée nationale de relancer le programme nucléaire!
Voilà des décennies que les grandes puissances tentent d'anesthésier l'opinion publique au fil des «Traités de limitation» d'armement. Les peuples du monde entier n'ont pas d'autre solution, pour assurer la survie de l'humanité, que de réclamer l'abolition définitive de tous les armements nucléaires.
Daniel Künzi