Une Suisse sans armée n° 35, automne 1997, p. 8

Tourisme militaire:

Les officiers suisses et leurs épouses en voyage d'étude

Le numéro d'août de la Revue militaire suisse (RMS) nous informe que «ça bouge» dans les foyers d'officiers de l'Helvétie. Peut-être est-ce la perspective du «Partenariat pour la paix» de l'OTAN qui donne la bougeotte à ces messieurs? La neutralité commence décidément à devenir ennuyeuse pour nos officiers d'opérette, ils veulent aller voir «sur le terrain»!

Sans complexe, ces militaires suisses, avec leurs épouses, se sont rendus dans les territoires occupés par Israël sur le plateau du Golan. On ne trouvera pas mention du banditisme international que constitue l'occupation depuis plus de deux décennies de cette région du Proche-Orient! Des dizaines de résolution de l'ONU ont été ignorées par Israël qui ne veut pas céder cette terre et son eau à ses habitants.

Le reportage par contre, nous informe que: «Contrairement à ce qui se fait en Suisse, les chars sont à peine nettoyés». Mais c'est l'odeur de la poudre qui excite particulièrement le colonel Hans-Ulrich Kuster: «Pendant l'exercice d'alarme, les balles sifflent autour de nous», etc. Pour terminer on apprend que 13 000 civils israéliens, des colons, se sont installés sur le plateau. Neutralité oblige, la Suisse ne fait pas partie de l'ONU, ces officiers et leur épouses auront le tact de ne pas relever le caractère criminel de la politique de l'Etat hébreu dans les territoires occupés. La promotion de la paix, n'était pas à l'ordre du jour!

Ce même numéro de la RMS consacre un reportage aux «Fuerzas especiales» de l'armée argentine. On sait que cette armée, au cours de la sale guerre de la dictature, a fait couler le sang de dizaines de milliers d'opposants. Que ses forces spéciales sont responsables de la liquidation sauvage de militants de gauche, anesthésiés et jetés d'avion, etc. Dès lors le rédacteur de ce reportage, Gilles Rivet, précise d'emblée le contexte: «A l'instar de tous les autres Etats, l'Argentine s'est dotée, il y a une dizaine d'années, de deux groupes de forces spéciales, non que le pays soit particulièrement menacé, mais afin d'appliquer le viel adage «Qui veut la paix prépare la guerre».

En Argentine aussi, l'aventure est au rendez-vous, lorsqu'il dialogue avec un membre des Forces spéciales: «Nous sommes là pour travailler, me glisse un élément du groupe, alors pas de scrupule à avoir. D'ailleurs ne t'inquiète pas, toi aussi tu vas suer, vamos hombre, la journée va commencer».

Daniel Künzi