Dans notre série «l'armée ça coûte cher», aujourd'hui, les sacs à dos. Prix total: 180 millions, soit la bagatelle de 600 francs la pièce. Le hic, c'est que ces sacs haut de gamme prennent l'eau. Les pioupious sont priés d'emballer leurs affaires dans des sacs-poubelle. Autre défaut: les sangles de maintien étranglent les soldats. Plus besoin de marche forcée pour tuer les recrues! Le sac avait pourtant été testé durant 3 ans. Excuse: l'eau mouille plus à l'extérieur qu'en laboratoire. On reste pantois devant tant de rigueur scientifique. Ce couac serait en outre dû au refus du peuple l'année passée de centraliser l'achat de matériel. Le sac est fabriqué artisanalement dans des régions économiquement défavorisée. Conclusion: il faudra en racheter une série. Et les sacs incriminés? On les vendra sans doute à un pays où il ne pleut pas... Halte aux exportations d'armes dans le Tiers-monde!
Succès du salon aéronautique du Bourget (France), où se retrouvent les bouchers de la planète, et du meeting de Sion. Le grand public a pu se gargariser des circonvolutions de ces belles machines vrombissantes. Les Suisses ont pu toucher et admirer le premier F/A-18 suisse. Personne ne s'est posé la question du but premier de ces avions. Même si les acrobaties de chasseurs sont belles à voir, il s'agit quand même de machines à tuer, comme on a pu le voir dans la guerre «chirurgicale» contre l'Irak. Les «fous volants dans leur drôle de machine» voient leur cible sur un écran, appuient sur un bouton et s'en vont, comme s'ils jouaient sur une console vidéo et sans constater les dégâts causés par leur besogne. Pour les marchands d'armes, et pour les syndicats défenseurs de l'armement à tout prix, ce n'est pas grave: si les «sauvages» veulent s'entre-tuer, c'est leur affaire, et ça se passe loin de chez nous! Quant au prix de ces machines, ramené à la misère du Tiers-monde ou aux besoins sociaux chez nous, on le tait ou on s'en fout!
Le 18 juin, notre ministre de la défense Adolf Ogi, chef du Département Militaire Fédéral, a signé à Bruxelles l'accord d'adhésion de la Suisse au Partenariat pour la Paix de l'OTAN. Ce partenariat (Cf. numéros précédents) est sensé promouvoir la paix entre les peuples et les nations. Comme l'accord n'est pas une alliance militaire ni une organisation internationale, il n'y aura pas de consultation populaire. Notre «neutralité vivante» (Ogi dixit) n'est pas en cause. Nos officiers pourront effectuer des échanges, participer à des exercices communs, mais pas à des manoeuvres ou à des engagements militaires. C'est certainement le premier pas d'une longue série. D'aucuns verraient d'un bon il l'intégration de la Suisse à des structures militaires internationales (Casques bleus, armée européenne, OTAN)... Restons attentifs!
Ne sachant pas comment trancher entre les systèmes de surveillance aérienne, et soumis aux pressions des uns et des autres, le DMF a demandé aux deux concurrents (le français Thomson-CSF allié au suisse Oerlikon, face à l'américain Hugues allié à Siemens) de présenter une offre commune, afin de profiter des avantages des uns et des autres. Cette plaisanterie nous coûtera 400 à 500 millions en 98, et une autre tranche ultérieurement.
Pour continuer notre feuilleton morbide sur les effets des mines, le Croissant rouge koweïtien a annoncé que les mines laissées par l'Irak ont fait 1700 morts et 2300 blessés, dont 70% d'enfants. 84 artificiers sont déjà morts. L'Irak a laissé cinq millions de mines au Koweït...
Cinq jours avant que la gauche n'arrive au pouvoir, la droite française a fait un dernier cadeau à Dassault et Lagardère en signant un contrat pour 20 milliards de francs français d'armement (5 milliards de francs suisses). Serge Dassault, fils du fondateur de la firme, est un membre influent du RPR, le principal parti de la droite française, et se trouve dans le collimateur de la justice. Entre gens de bonne compagnie, on se renvoie l'ascenseur.
Quelques jours après la votation du 8 juin, où l'industrie militaire suisse a triomphé, la firme SIG, qui fabrique "nos" fusils d'assaut et les pistolets de "nos" flics a annoncé la suppression de 200 emplois. Là bien sûr, il s'agit de la logique économique, et pas des rêveries de ces pacifistes irresponsables qui mettent en danger l'industrie. Personne n'a donc pipé mot!
Après la privatisation de la fabrication de la poudre de guerre, approuvée par le peuple le 8 juin, le Conseil national a voté la privatisation des usines d'armement de la Confédération. 49 % des parts seront en mains privées. Bien entendu, il y aura quelques emplois supprimés, mais vous comprenez, c'est la logique du marché...
Se positionnant entre les partisans conservateurs du statu quo et les adeptes d'une armée suisse professionnelle intégrée collaborant avec des corps internationaux, le Conseiller fédéral Ogi a plaidé, devant la Société Suisse des Officiers (SSO), pour un corps professionnel de 10'000 hommes, en plus des instructeurs professionnels et des pilotes de l'escadre de surveillance. Naturellement, Ogi a derrière la tête l'idée de faire participer ces hommes à un corps armé international. Ceci ne serait vraisemblablement qu'un premier pas vers l'abandon de l'armée de milice. Voir le n° 31 de ce journal pour une analyse des courants de pensée de l'armée suisse et des dangers de l'armée professionnelle. On verra ce que prône la commission de réflexion sur la politique de sécurité.
Daniel S. Miéville a commis l'éditorial du Nouveau Q au lendemain des votations. Il loue l'esprit d'ouverture des Suisses qui ont refusé l'initiative contre l'Europe de la Lega dei Ticinesi et l'initiative contre les exportations d'armes, des Valaisans qui ont dit oui aux Jeux Olympiques et des Genevois qui ont approuvé la Haute Ecole Spécialisée romande. Après avoir constaté que l'aspect de l'emploi a eu une grande influence contre l'initiative contre les exportations d'armes, il poursuit: «On peut néanmoins interpréter le résultat comme un refus du peuple suisse de se singulariser, une fois de plus, sur le plan international. Il n'a pas du tout été convaincu que cette initiative constituait une démarche efficace en faveur de la paix.» Ainsi, interdire les exportations d'armes serait une preuve de repli sur soi. Au contraire, ce geste aurait été un signe encourageant, bien que la part des armes suisses dans le commerce mondial soit infime. Une preuve de plus de l'ouverture selon le NQ: Europe du fric, Europe forteresse, Europe des armées, et non pas l'Europe des peuples ni l'Europe sociale!
Sébastien L'haire