L’armée n’aime pas les bébés…

vendredi 3 août 2012
par Web2
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L’échange de courriels ci-dessous, reçus à la permanence, illustre un très triste cas de maltraitance administrative. D’abord le droit du père à assister à l’accouchement de son enfant n’est pas acquis. Ensuite il est rare que l’on retrouve dans le même dossier autant de mauvaise foi et d’erreurs administratives. Mais c’est un genre de « petites erreurs » qui existent bien plus souvent qu’elles ne le devraient dans les administrations militaires ...

Courriel reçu lundi 5 mars 2012

J’ai 26 ans, marié, un enfant en bas âge et un qui va arriver dans peu de temps (prévu le 6 avril 2012). Il me reste 48 jours de service militaire à faire. J’ai été convoqué pour un cours de répétition du 1er au 19 avril 2012. Pour pouvoir soutenir mon épouse pendant ces dernières semaines de grossesse et être présent à l’accouchement, j’ai envoyé dans les délais, soit il y a donc plus de deux mois, une demande de report de cours. A ce jour (5 mars), je n’ai toujours pas reçu de réponse et malgré mes diverses tentatives auprès du service concerné, je ne sais toujours pas ce qu’il en est. Par 2 fois, on m’a répondu que j’aurai la réponse par écrit la semaine prochaine et cela fait déjà 3 semaines que j’attends… Quelles sont les conséquences, si je ne me présente pas à ce cours, car il m’est impensable de laisser ma femme et ma fille seules pendant ces quelques jours avant la naissance ou de rater la venue de mon futur enfant ?

Réponse de la permanence du mardi 6 mars 2012

Insistez ! Faites-leur « la scie » avec gentillesse et humour, appelez tous les jours jusqu’à jeudi, puis 2 fois par jour, c’est de la non-violence active. Ils répondront, c’est inévitable. Il vous faut une réponse pour dans deux semaines (au moins 2 jours ouvrables avant le début du cours). Si vous ne l’avez pas avant, appelez-moi ! Et s’ils ont le culot de vous dire « non », allez voir un médecin qui leur dira que vous êtes dans « un tel état de stress » en raison de cet accouchement que vous ne pouvez pas faire ce cours. Prenez rendez-vous chez lui dès à présent ! Avec tous mes voeux et toute ma gentillesse pour cette naissance.

Courriel du samedi 11 mars 2012

J’ai finalement reçu une réponse mardi matin. Mon cours est repoussé pour motif … professionnel ! Je n’ai jamais invoqué un tel motif, mais je suis heureux de ce dénouement. J’avais déjà adopté votre conseil. J’ai appelé régulièrement. Malgré les « je ne peux rien faire pour vous, c’est le commandant de compagnie qui décide », ça a fonctionné. Je pense qu’ils en avaient juste marre et ne pouvant apparemment pas contacter le commandant, ils ont accepté ma demande pour un motif bidon. Je n’étais pas fan de l’armée avant, mais cet épisode-là m’a fait réaliser que je pouvais la détester. J’ai un travail prenant et de plus en plus de responsabilités. Mon absence pénalise mes collègues. Mais le plus important pour moi, c’est ma famille et il m’est de plus en plus difficile de songer à « l’abandonner » 3 semaines par année pour jouer au guignol avec un fusil…

Je tiens à vous remercier de votre mail. Ça fait du bien de se sentir soutenu. J’espère sincèrement qu’un jour l’armée ne sera plus obligatoire en Suisse, je pense à mon fils qui va naître. Pour cela je vous remercie déjà de votre travail et je vous souhaite de réussir. Merci encore.

Ce n’est pas la seule situation dont nous avons connaissance dans laquelle l’armée viole gravement le droit à la famille, soit le droit du père à assister son épouse en fin de grossesse et à être présent lors de l’accouchement ; nous avons 1 cas de ce genre tous les dix-huit mois environ. Donc, il y en a d’autres et c’est une pratique systématique.

(Voir aussi l’article dans ce journal sur notre déposition au Conseil des droits de l’homme). Plus largement, il est quasiment impossible de demander à soutenir sa famille avec des enfants en bas âge plutôt que d’aller à l’armée. On voit ici combien l’armée et ses fonctionnaires font peu de cas de la personne humaine … non-seulement pour les naissances, mais par leurs retards à répondre, par leur mensonge sur le motif et ici par leur ignorance des procédures puisque les départements cantonaux sont compétents avant les commandants pour les reports de cours (ordonnance sur les obligations militaires, annexe 5, chapitre 3, ligne 1 : www.admin.ch/ch/f/rs/512_21/...).

Tout cela est indigne et affligeant. Et c’est pourquoi, à nos yeux, demander la fin du service militaire obligatoire, c’est aussi demander à mettre fin à une forme d’inhumanité dont seule l’armée est hélas capable, même chez nous ! Nous cherchons d’autres témoignages de ce que vous vivez à l’armée. Merci de les envoyer au secrétariat gssa@gssa.ch.

« Quand les enfants viennent au monde, ils hurlent au lieu de respirer. Dans ces cris de nouveau-nés, qu’y a-t-il ? Se pourrait-il que naître soit douloureux pour l’enfant autant qu’accoucher l’était, jadis, pour la mère ? Cette souffrance qu’est, pour le bébé, la naissance, qui s’en soucie ? Ne peut-on la lui éviter ? ». Extrait de Frédérick Leboyer : « Pour une naissance sans violence », 1974. Un livre magnifique, la paix et le respect commencent et se donnent dès la naissance !

Christophe Barbey Permanence du GSsA pour le service civil et les problèmes militaires.


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