| «Une Suisse sans armée» n° 46 (été 2000), p. 8-9. | ![]() |
Le GSsA a fait aboutir deux initiatives l'an dernier, l'une pour abolir l'armée et pour une politique de paix, l'autre pour l'instauration d'un service civil volontaire pour la paix (SCP). Cette dernière demande l'instauration d'un service volontaire ouvert à tous les habitants de Suisse, homme et femmes, suisses et étrangers. Le SCP pourrait intervenir en Suisse et à l'étranger pour la réduction de la violence. Voyons quelques exemples de concrétisation possibles.
L'initiative demande une politique de paix active. Celle-ci passe par une justice économique et sociale, comme le prône la nouvelle constitution suisse votée l'an passé. A cet égard, le SCP complèterait la diplomatie traditionnelle avec les expériences des organisations non gouvernementales. En Suisse, on pourrait faire du travail d'intégration en faveur des étrangers, des médiations scolaires et médiations de quartier, etc. A l'étranger, on peut citer les projets de coopération, la surveillance d'élections, la promotion des droits humains, etc.
Le SCP aurait pour but de former les hommes et les femmes à résoudre les conflits sans violence, de reconnaître et de remédier aux situations potentielles de conflit, ici comme à l'étranger, et enfin de créer des conditions-cadre pour dénouer les conflits par une voie civile et sans violence. Ceci passe par le dialogue et la coopération entre les parties en conflit, par le combat pour les droits humains et contre toute forme de discrimination, spécialement contre les femmes et les enfants. Le SCP compte s'attaquer non seulement aux symptôme des conflits et à la réconciliation entre les parties, mais encore à leurs causes, par la prévention et la réduction de la violence. La coopération avec des ONG et des organisations locales, ainsi que l'impartialité entre les parties en conflit, est cruciale.
Tout le SCP serait basé uniquement sur l'engagement volontaire, pour lequel les civilistes percevraient une indemnité. Cependant, on cherchera à utiliser les compétences professionnelles des volontaires.
Le SCP serait financé par la Confédération. Le Conseil fédéral nommerait les membres d'une commission pour le SCP, sur proposition des organisations d'entraide et pour la paix. Cette commission serait chargée d'organiser les formations de base et d'approuver les projets présentés par les organisations partenaires.
Tout ceci ne pourrait se faire sans une formation, à deux échelons. Le premier échelon serait une formation de base aux méthodes de résolution non violente des conflits, ainsi que d'autres formations à la paix. Chaque habitant de la Suisse aurait droit à 20 jours de formation gratuite durant sa vie. Cet échelon serait organisé par la commission officielle du SCP et pris en charge par des organisations partenaires. Le second échelon comporterait des formations plus spécifiques, pour travailler dans un certain pays par exemple, et pris en charge par les organisations partenaires.
Les coûts d'un tel service seraient minimes. Pour la formation de base, il faut compter environ 35 millions par an. Pour les formations plus spécifiques, d'une durée d'une dizaine de jour, on compte 12 millions, avec 1500 personnes par an qui en bénéficieraient. Avec 100 personnes en permanence qui participeraient aux engagements du SCP, il faudrait compter 36 millions. Enfin, on estime les frais d'administration à 5 millions. Coût total: 90 millions, ce qui fait environ 1% des coûts globaux actuels de la défense.
Concrètement, un service civil pour la paix existe en Autriche, organisé depuis 1993 par le Verein Österreichische Friedensdienste (ÖFD), sur une base volontaire non rémunérée. Il a pour but de contribuer à la construction de la paix au niveau international. Les volontaires sont avant tout actifs en ex-Yougoslavie. De jeunes Autrichiens, hommes et femmes, s'engagent pour 6 à 14 mois pour la reconstruction, pour la formation, pour la promotion des droits humains et pour l'accompagnement des réfugiés. Pour les hommes, 14 mois d'engagement valent comme service civil. Rappelons à cet égard qu'en Autriche, le service civil est nettement plus développé qu'en Suisse.
Par exemple, quatre volontaires participent à un projet à Osijek, ville de Croatie près de la frontière serbe, qui a beaucoup souffert de la guerre. Cette ville a été annexée pendant 4 ans par la Serbie, puis reprise par les Croates. Une purification ethnique cachée est en cours contre la minorité serbe, qui subit des pressions au départ. Les tensions sont vives entre réfugiés croates de retour chez eux, réfugiés serbes, réfugiés croates de Bosnie, Roms, Hongrois, Slovaques. Un projet des "Peace Teams" où se mêlent Serbes, Croates et volontaires internationaux tente de travailler au sein de la jeunesse et pour la réconciliation.
Autre exemple en Bosnie, où le "World University Service Austria" a collaboré avec des étudiants bosniaques pendant la guerre à Sarajevo. Le travail a consisté en la reconstruction des structures académiques. En effet, de bonnes structures de formation sont essentielles pour garder les jeunes dans la région. Le projet a combiné aide technique, activités culturelles et de loisir, ainsi que des échanges de connaissances.
Comme le montre également le projet Pakrac1, organisé par le GSsA et le Service Civil International en Croatie, le chemin vers la paix et la réconciliation est long après une guerre terrible comme en ex-Yougoslavie. Néanmoins, avec un travail de reconstruction, la situation se normalise et un dialogue a plus de chance de s'instaurer. La présence de volontaires internationaux qui s'intéressent au sort des populations locales est aussi un facteur de progrès.
C'est donc avec de petits pas comme ces projets qu'on peut faire avancer les choses. De plus, il serait aussi efficace et valorisant d'intervenir dans des régions où des tensions existent mais n'ont pas encore dégénéré en conflit. Le travail ne manque pas pour montrer que la violence n'est pas inéluctable.
Il n'est pas facile de définir une culture de paix, comme l'a montré la votation de l'initiative cantonale "Genève, République de paix" en mars dernier. Profitons donc du temps qui reste jusqu'à la votation pour nous préparer, analyser les modèles déjà existants et en imaginer d'autres.
Sébastien L'haire
1) Voir: Astrid Astolfi : "Reconstruction après la guerre: L'exemple de Pakrac (Croatie)", Ed. IES/ L'Harmattan (1999). En vente au secrétariat, 35.-