| «Une Suisse sans armée» n° 52 (hiver 2001), p. 25. | ![]() |
Le lien entre la science et la société est spécialement profond dans le domaine des sciences de la paix en raison des conséquences humaines de l’absence de paix. Mais déjà à l’intérieur des sciences ellesmêmes, les sciences de la paix entre autres apportent l’harmonie et les solutions humaines seules à même de réaliser le futur de l’humanité et le bien-être de chacune et chacun de ses membres. Tout autant, par leur articulation entre la théorie et la pratique, les sciences de la paix permettent de faire le lien entre science et pratique de façon à respecter et à concrétiser la dignité à laquelle l’humanité aspire et à laquelle elle a droit. Ce lien entre les sciences de la paix et la société s’exprime de nombreuses façons.
Dans le domaine politique1 par exemple, les sciences de la paix (avec évidemment les ONG et la société civile) sont à même de conseiller et d’apporter les connaissances nécessaires pour que les électrices et les électeurs, puis les élues et les élus choisissent ou orientent leurs politiques en faveur de solutions humaines et pacifiques. Quelle que soit l’analyse générale des conflits et de la violence, de leur prévention et des possibles solutions, c’est en les faisant connaître que les sciences de la paix seront à même de donner le meilleur de ce qu’elles sont. Dans des domaines plus spécifiques, la fondation de divers observatoires scientifiques2 ou la création d’indicateurs statistiques3 permettent de suivre et de favoriser l’évolution de certaines situations.
Dans le domaine économique, l’influence de l’éthique, de plus en plus importante, apporte avec elle des réflexions et des propositions sur les mécanismes économiques qui favorisent - ou non - la paix4.
De même, les sciences sociales, l’histoire et l’éducation5 ou les sciences de la communication6 et même le tourisme7 sont aussi influencés par des solutions qui relèvent des sciences de la paix.
Enrichissons ce bref tour d’horizon des liens entre sciences de la paix et société, par une visite en muséologie. La paix se construit dans les esprits et les pratiques et les musées peuvent aussi en ce sens mieux la faire connaître. Si vous le pouvez, allez donc voir l’exposition qui se tient jusqu’au 17 mars 2002 au musée d’ethnographie de Genève8 ou mieux encore, lisez le livre qui l’accompagne9! Ils fourmillent de vues générales et de détails intéressants sur la paix.
En conclusion, si la civilisation humaine devient plus complexe, devient-elle plus savante? Répondre à cette question ne relève pas que de la science car elle concerne chaque être humain, nous sommes toutes et tous «investis» du destin de l’humanité. Pourtant, savoir si la science produit bel et bien un destin digne de ce nom montre combien le lien entre science et société est essentiel et combien à cet égard les sciences de la paix ont à apporter. A l’inverse, la société peut aussi exiger de la science qu’elle produise ce qu’elle a de meilleur, humainement!
La paix est possible et c’est à nous - toutes et tous - de la mettre en œuvre!
Christophe Barbey