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Discours de manifs

Intervention au nom des organisateurs: pas de sang pour leur pétrole

Auteur(s): Paolo Gilardi

Date: 05/10/2002

Bonjour.
C’est au nom de la trentaine d’associations qui organisent la manifestation 
d’aujourd’hui que je vous souhaite la bienvenue. 
 
Nous sommes ici ensemble pour dire non à la guerre que le gouvernement des 
Etats-Unis prépare activement contre l’Irak et sa population.
 
Cette guerre n’a rien à voir avec la stabilité internationale, rien à voir 
avec la volonté de poursuivre et punir les auteurs des crimes du 11 
septembre.
 
On nous dit, pour la justifier que Saddam Hussein est le pire des 
dictateurs. C’est vrai, et le gouvernement des Etats Unis qui l’a longtemps 
protégé le sait bien. Mais est-ce une raison pour imposer la terreur 
aveugle des bombes à toute une population, la population irakienne ?
 
On nous dit aussi que cette guerre est nécessaire pour empêcher l’Irak 
d’utiliser des armes de destruction de masse. 
 
Il y a trois semaines seulement, Monsieur Anthony Blair, le majordome 
anglais du président des Etats-Unis, , déclarait à la presse « nous n’avons 
pas la plus petite idée de ce qui s’est passé [en Irak] au cours des quatre 
dernières années … si ce n’est que nous savons qu’il existe une tentative 
de reconstruire de l’armement » . 
 
Autrement dit, MM. Bush et Blair ne savent pas si l’Irak détient des armes 
de destruction de masse. Ils refusent pourtant, et avec vigueur, le retour 
des inspecteurs en désarmement de l’ONU chargés de vérifier l’existence de 
ces armes. C’est la guerre qu’ils veulent, c’est la guerre qu’ils 
préparent.
 
Cette guerre a déjà commencé. Depuis la fin de celle de 1991, les avions de 
guerre anglais et étasuniens ont accompli plus de 200'000 missions sur 
l’Irak. Elles ont été au nombre de 17'800 durant cette seule année 2002. 
 
Hier encore, le bombardement d’installations de communication près de 
Bagdad a fait cinq morts parmi la population civile.
 
Ce que ces bombardements préparent, c’est l’invasion terrestre du pays, 
c’est la mainmise et le contrôle des Etats-Unis d’Amérique sur les plus 
importantes réserves pétrolières du monde. 
 
C’est pour satisfaire les appétits pétroliers d’Exxon, de Gulf, de Mobil, 
de Shell, d’American Oil Company et de British Petroleum que le sang risque 
de couler.
 
Il coulera peut-être demain en Amérique latine pour les intérêts des 
multinationales pharmaceutiques ou celles de l’énergie.
 
En Irak, le sang risque de couler dans un pays qui, depuis 11 ans, subit 
les effets de l’embargo imposé par le gouvernement des Etats-Unis avec la 
complicité de l’ONU. 
 
Deux chercheurs du Pentagone ont qualifié cet embargo dans une publication 
de mai 1999 de « plus dévastatrice des armes de destruction de masse jamais 
utilisée par l’humanité »  Ils savent de quoi ils parlent, puisque cet 
embargo a déjà tué plus d’un million de personnes. Dix fois Hiroshima !
 
C’est cette population meurtrie, affamée, qui pourrait connaître durant ces 
prochaines semaines ce que la population afghane a connu il y a un an à 
peine : les coupures de courant, l’interruption de la distribution de 
vivres, les « dégâts collatéraux », c’est à dire les destructions 
provoquées par ces bombes qu’on appelle « rase-pâquerettes ». 
 
Et déjà, le gouvernement des Etats-Unis envisage ouvertement le recours à 
l’arme atomique !
 
Cette guerre n’a rien à voir avec la Civilisation : au contraire, elle 
n’est que Barbarie ! 
 
Cette guerre nous pouvons l’empêcher, nous devons l’empêcher.
Il y a une semaine, plus de 400'000 personnes manifestaient à Londres leur 
refus de la guerre. Ils étaient plus de 100'000 à Rome.
 
Aujourd’hui même, des manifestations comme celle-ci ont lieu dans une 
centaine de villes en Europe. Le 26 octobre c’est à Chicago, San Francisco, 
New-York et Washington qu’elles vont avoir lieu.
 
Et le 2 novembre, c’est à Berne que nous vous donnons rendez-vous.
En Grande-Bretagne, des syndicats discutent déjà de comment empêcher le 
départs de troupes et de matériel d’armement par la grève.
 
Face à la « guerre préventive » de Monsieur Bush, c’est la mobilisation 
préventive qui se met en place. 
 
Parlons-en de cette guerre « préventive » de ce retour en arrière de trois 
siècles en matière de relations internationales ! 
 
La guerre « préventive » c’est l’arrogance du plus fort faite loi. En 
accepter le principe serait accepter aussi que la police puisse vous 
arrêter et priver de liberté parce que, un jour ou l’autre, vous pourriez 
commettre un délit ! 
 
Hélas, cela n’est pas une caricature. 
Depuis le 11 septembre 2001, c’est aussi la guerre préventive contre les 
citoyens que l’on mène, avec les restrictions des droits démocratiques, la 
surveillance policière des conversations électroniques, les perquisitions 
domiciliaires facilitées, la privation de liberté sans mandat ni décision 
judiciaire, les tribunaux militaires spéciaux et les cages de Guantanamo.
 
C’est aussi ainsi que la barbarie de la longue guerre de M. Bush atteint 
les droits fondamentaux de tout un chacun.
 
A cette barbarie, nous répondons par la mobilisation. 
Mobilisation qui est aussi message de Civilisation. 
C’est un message de Civilisation car l’émergence en Europe et en Amérique 
du Nord d’un large mouvement pour empêcher la guerre est aussi un signal 
donné à des millions d’hommes et de femmes dans les pays musulmans qui 
pourraient être tentés par l’anti-occidentalisme réactionnaire et assassin 
d’Al Quaida par exemple. 
 
Car l’Occident des Bush, Blair et Berlusconi et de ceux qui vont bientôt 
leur emboîter le pas, l’Occident de la rentabilité, qu’elle soit pétrolière 
ou autre, n’est pas le nôtre. Comme le Moyen-Orient des pilotes kamikazes 
n’est pas nécessairement celui des peuples musulmans.
 
Cette force de civilisation émerge peu à peu dans la rue. 
Elle va s’amplifier, elle doit s’amplifier. La manifestation d’aujourd’hui 
est un premier pas. 
 
Bonne manifestation !