Auteur(s): Tobia Schnebli
Date: 29/04/2002
Appel pour l'arrêt de la coopération militaire de la Suisse avec Israël – conférence de presse du 29 avril 2002 à Berne. Intervention de Tobia Schnebli, participant à la Campagne civile internationale pour la protection du peuple palestinien / collectif Urgence Palestine / Groupe pour une Suisse sans armée. La responsabilité de la société civile dans un conflit qui nous concerne tous Consternés par l'escalade violente du conflit en Palestine / Israël de ces derniers mois et constatant l'incapacité, si ce n'est le refus de la communauté étatique internationale d'apporter une solution pacifique et équitable à une situation qui se dégrade de semaine en semaine, nombreux sont les citoyens et les organisations de la société civile internationale qui se mobilisent et s'impliquent de plus en plus directement pour favoriser une solution civile, juste et durable de ce conflit. Ayant participé il y a trois semaines à une mission de volontaires civils internationaux, j'ai pu constater la gravité de la situation sur place pour les populations concernées. Mais ce conflit nous concerne tous: l'état de guerre permanente en Palestine / Israël reflète de manière particulièrement évidente l'impasse de la communauté internationale pour des solutions pacifiques dans une multitude de situations de conflit dans le monde. La priorité donnée à la répression militaire des instances de justice et d'émancipation qui surgissent des populations laissées pour compte de la globalisation néolibérale ne fait qu'alimenter la spirale du désespoir, de la violence et finalement de l'insécurité pour toutes les sociétés de la planète. Nous devons tout faire pour sortir de la perspective de cet état de guerre permanent que les principales puissances économiques et militaires veulent imposer au monde et qu'elles prônent ouvertement depuis le 11 septembre 2001. Les atteintes aux droits civils, la militarisation de la société, la marginalisation de l'opposition démocratique, la négation du rôle de l'ONU et les violations du droit humanitaire international sont particulièrement évidentes en Israël / Palestine. Mais cet état de guerre permanent empoisonne aussi nos sociétés occidentales. Quand, le 30 mars 2002, à l'occasion de la "Journée de la Terre" dans le Néguev nous avons écouté les griefs des pasteurs Bédouins, victimes des déplacements forcés et de la confiscation d'immenses parties de leurs terres de pâturage au profit du complexe militaro-industriel israélien, nous avons, en tant que Suisses éprouvé un sentiment de honte profonde en sachant que notre Etat, notre armée et notre industrie militaire sont aussi complices et donc aussi responsables de la situation d'oppression que vivent ces populations. Ce qui vaut pour les populations Arabes Israéliennes du Néguev vaut d'autant plus pour la population palestinienne victime d'une oppression brutale qui se perpétue depuis plus de 50 ans: la Suisse ne doit plus être complice de l'instrument militaire de cette oppression. La poursuite de la collaboration militaire, et de ce fait du soutien avec le complexe militaro-industriel israélien ne saurait se justifier sous prétexte d'une perte de savoir faire technologique, prétexte avancé par les industries d'armement suisses (principalement la RUAG, 100% propriété de la Confédération). La Suisse peut et doit s'engager davantage dans le soutien aux instances de la société civile, palestinienne et israélienne, qui œuvrent dans des conditions extrêmement difficiles pour des solutions civiles et solidaires de ce conflit. Il y a là des compétences et des places de travail autrement plus utiles à développer aujourd'hui. Avec l'appel que nous adressons aujourd'hui au Conseil fédéral pour l'arrêt de la collaboration militaire, nous adressons également un appel aux citoyen-ne-s de ce pays: un réel changement de la politique officielle de la Suisse, encore largement déterminé par la poursuite d'intérêts économiques et particuliers, ne s'obtiendra qu'avec un engagement citoyen conséquent. Il faut que la voix de tous ceux et celles qui demandent un changement concret de l'attitude de la Suisse soit entendue.