Retour page précédente

Discours de manifs

Rassemblement du 8 octobre 2001 à Genève: intervention pour le GSsA

Auteur(s): Paolo Gilardi

Date: 08/10/2001

La nuit dernière, selon les propres mots du secrétaire d'état américain à 
la défense, " un déluge de feu s'est abattu sur huit villes de 
l'Afghanistan ", ceci par le fait des forces aériennes et navales de la 
Grande Bretagne et des Etats Unis d'Amérique.
 

A peine quelques instants après l'annonce du début des bombardements, les 
gouvernements de la France, de l'Allemagne, de l'Italie et du Canada se 
sont empressés de faire savoir leur soutien et leur disponibilité pour 
participer aux actions militaires. Il s'est même trouvé le président de 
démocratie libérale pour regretter publiquement que la France n'y ait pas 
déjà pris part !
 

Ainsi, six des pays les plus riches du monde déchaînent leur terreur 
technologique et meurtrière contre la population l'un des pays les plus 
pauvres de la planète.
 

Prenant prétexte des ignobles attentats qui ont touché New York et 
Washington, ces actions guerrières frappent avant tout une population, la 
population afghane, déjà meurtrie par 22 ans de guerre, par la famine et 
par la dictature des Talibans.
 

Ainsi, en plus des bombes et des destructions, même l'aide alimentaire à 
ces populations en vient à disparaître puisque, en raison de la situation, 
les responsables du programme alimentaire mondial viennent d'annoncer 
aujourd'hui l'interruption de l'aide à l'Afghanistan.
 

C'est tout un peuple que cette guerre punit!

Mais cette guerre est également une menace pour la paix dans le monde et 
pour la justice
 

La paix dans le monde d'abord car en recourant à la violence, à la logique 
de l'œil pour œil, dent pour dent, la Croisade occidentale appelle la 
Djihad parce qu'elle dresse une partie de l'humanité contre plus d'un 
milliard de musulmans. Elle légitime également aux yeux de ces populations 
démunies et humiliées, les attaques terroristes du 11 septembre.
 

La justice ensuite, au sens le plus strict, celui du fonctionnement de la 
loi. J'ai eu l'occasion de lire le rapport, " l'acte d'accusation ", 
du gouvernement britannique qui conclut à la culpabilité de M. Bin Laden. 
 
Basé sur 72 points, cet acte d'accusation n'apporte aucune preuve, 
puisque, en son point 2, il affirme ne pas pouvoir publier des " faits 
avérés " pour ne pas mettre en danger les activités de la CIA.
 

Avec un tel acte d'accusation, n'importe quel tribunal de district du 
gros de Vaud n'aurait pas condamné un voleur de poules : pour MM. Bush et 
Blair, il suffit … pour déclarer la guerre !
 

Cette guerre, on nous dit que c'est celle de la Civilisation, celle de 
l'Occident.
 

Mais c'est qui, " l'Occident " ?

Est-ce celui des multinationales qui pillent les richesses du tiers monde 
et exploitent le travail des enfants, ou celui des travailleurs de ces 
mêmes multinationales dont les salaires ne cessent de se rétrécir ?
 

Est-ce celui des gouvernements qui refusent de signer les conclusions de la 
conférence de Durban contre le racisme, ou celui des millions de noirs 
américains parqués dans les ghettos ?
 

Celui de cette OMC qui va se réunir en novembre au Qatar, chez cet émir ami 
dont la télévision personnelle et privée diffuse les proclames de M. Bin 
Laden ou celui des centaines de milliers qui ont manifesté à Seattle, à 
Prague et à Gênes ?
 

Est-ce celui des barons de la finance qui s'approprient pour une bouchée 
de pain une compagnie aérienne ou les dizaines de milliers d'employés de 
cette compagnie qui se battent pour défendre leur emploi ?
 

Est-ce celui du gouvernement des Etats Unis d'Amérique qui débloque 40 
milliards de $ pour cette guerre -à savoir le double du PIB de 
l'Afghanistan en 1997 (depuis cette date, le pays n'a même plus les 
moyens de s'offrir des statistiques)- et qui, lors du sommet du G8 accorde 
500 millions de $, soit 80 fois moins, pour combattre l'épidémie de SIDA 
en Afrique ?
 

Est-ce celui du gouvernement des Etats-Unis qui interdit la diffusion de la 
chanson " Imagine " coupable d'imaginer un monde dans lequel tous les 
peuples vivraient en paix ? Celui de ces gouvernements qui accompagnent 
cyniquement leurs tonnes de bombes de 37'000 rations alimentaires, un peu 
de riz et de quelques haricots secs, estampillées " from the USA " ?
 

Non, cet Occident là, cette Civilisation là ne sont pas les nôtres. C'est 
en leur nom qu'on nous mène à la guerre, c'est en leur nom qu'on 
restreint nos libertés démocratiques !
 

Ce soir, dans la rue, vous êtres nombreux. Parmi vous, beaucoup sont très 
jeunes. Et vous êtes, vous qui êtes ici, nous qui sommes ici, l'expression 
de la civilisation.
 

La civilisation qui refuse un développement qui impose l'humiliation 
permanente à un tiers des habitants de cette planète, cette humiliation qui 
génère le désespoir et la terreur ! 
 
Vous êtes cette civilisation qui refuse le recours à la force militaire 
pour imposer un système de domination. Un système qui n'a que faire des 
droits des peuples, des hommes et des femmes, le prix du pétrole et les 
considérations géo-stratégiques lui important beaucoup plus !
 

Oui, civilisation nouvelle, civilisation en gestation, vous êtes l'avenir 
!
 

Cet avenir ne se fera pas tout seul. Certes, ce soir, nous aurions tous un 
peu envie pour exprimer notre colère, de briser quelques vitrines 
américaines. Pourtant ce n'est pas de cette sorte que l'on pourra 
convaincre.
 

Un sondage réalisé il y a quelques semaines déjà nous disait que 8 % 
seulement des Suisses seraient favorables à une action militaire. Depuis, 
toute une armada de journalistes asservis, en tenue de combat, se font le 
docile porte-voix de la machine de propagande du Pentagone.
 

Leurs moyens sont importants. Quant à nous, nous n'avons que nos propres 
forces sur lesquelles compter.
 

C'est donc à vous, c'est à nous, jeunes et moins jeunes, de constituer 
des collectifs anti-guerre, dans vos écoles, dans vos facultés, dans nos 
quartiers.
 

C'est à nous, ensemble, de développer la contre-information pour combattre 
la propagande guerrière, pour constituer la force de la rue. Car, elle 
seule sera capable, comme le furent au début des années quatre-vingt les 
grandes manifestations contre l'installation des missiles en Europe, de 
faire reculer les gouvernements, d'arrêter cette guerre.
 

Ensemble dans la rue nous disons ce soir :
-notre refus de la terreur, celle des attentats et celle perpétrée par les 
Etats 
 
-notre rejet de l'humiliation de millions d'hommes et de femmes privés 
d'eau, de nourriture, de l'accès aux soins car c'est elle qui suscite le 
désespoir et le terrorisme 
 
-notre volonté de sortir au plus vite de la logique de guerre 
-notre exigence d'un arrêt immédiat des opérations militaires et de 
retrait des troupes occidentales du Moyen-Orient
 
-notre opposition à une éventuelle ouverture de l'espace aérien suisse aux 
avions militaires se dirigeant vers le Moyen Orient. 
 

Nous l'affirmons ici ce soir, mais nous devrons être beaucoup plus 
nombreux à le faire durant les prochains jours, les prochaines semaines.
 

A commencer par ce samedi où nous voulons être des milliers dans la rue 
lors de la manifestation nationale que le GSsA appelle à 15 heures à 
Berne.