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Textes

Une autre Palestine est nécessaire, un autre monde est nécessaire

Auteur(s): Tobia Schnebli

Date: 13/04/2002

Tobia Schnebli, participant à la mission civile suisse en Palestine (28.3. 
– 4/6.4. 2002) et membre du Groupe pour une Suisse sans armée. Une version 
abrégée de ce texte a été lue à la manifestation "Halte à l'occupation et 
à la guerre – protection et dignité pour les Palestinien-ne-s - pour une 
paix juste !

Une trentaine d'internationalistes sont partis de Genève le 27 mars à 
l'appel du collectif urgence Palestine et ont effectué plusieurs visites 
et participé à de nombreuses manifestations publiques dans les Territoires 
Occupées et en Israël. Ils sont rentrés le 4 et le 6 avril 2002. Un de nos 
amis se trouve toujours dans le quartier général de l'autorité nationale 
palestinienne à Ramallah. Ce texte résume les résultats de notre visite. Un 
rapport complet sera établi ultérieurement.
 
Nous avons vu des scènes d'attentats et des maisons et des rues où ont été 
tués des victimes civiles des deux côtés; nous avons vu des chars, des 
Apache et des F-16 de l'armée israélienne en action. Un journaliste parti 
avec la mission a pu voir plusieurs cadavres à la morgue de Ramallah dont 
les blessures par une seule balle à la tempe sont des indices quasi 
inequivoquables d'exécutions sommaires. 
 
Mais nous avons pu rencontrer aussi de nombreuses personnes et 
organisations et visiter de nombreux lieux, où nous avons pu constater 
aussi les effets d'une violence structurelle dont est victime surtout la 
population palestinienne et Arabe israélienne.
 
·	Lors de visites en Cisjordanie (28.03 et 30.03 – 05.04.) et à Gaza (31.03 
– 03.04), nous avons vu les humiliations et la brutalité quotidienne que 
vit la population palestinienne sous l'occupation de l'armée israélienne. 
Bloqués par l'armée israélienne dans le camp de Dheishe près de Bethléem, 
des membres de notre mission ont constaté des violations gravissimes du 
droit international humanitaire, l'empêchement des soins aux blessés, 
etc.
 
·	Nous avons constaté de très nombreuses destructions méthodiques 
d'infrastructures civiles, économiques et sociales de la société 
palestinienne. A Ramallah l'armée n'a pas bombardé uniquement le quartier 
général d'Arafat et de la police palestinienne, mais elle a détruit 
d'innombrables sièges d'ONG, des services sociaux, les infrastructures 
sanitaires, même le grand Théâtre de Ramallah a été détruit.
 
·	A Gaza, qu'on peut définire sans hésitations comme étant une grande 
prison où sont renfermées 1,2 millions de personnes, empêchées dans leurs 
déplacements non seulement à l'extérieur, mais à l'intérieur même de ce 
territoire divisé en trois parties. Nous avons vu des personnes attendent 
souvent depuis plusieurs jours pour se déplacer d'une zone à l'autre. 
Nous avons vu des champs de cultures ravagées et des oliviers arrachés par 
les bulldozers de l'armée, les puits d'eau bouchés, les pêcheurs dont le 
travail est rendu quasiment impossible par toute une série d'obstacles 
posés par la marine israélienne. Nous avons vu aussi les ruines de la 
station de la télévision palestinienne et nous avons rencontré les ONG 
palestiniennes qui s'efforcent de soigner une société palestinienne au 
bord du gouffre psycho-social.
 
·	Et même en Israël, dans ce désert du Néguev où l'armée suisse teste les 
bombes à fragmentation qu'elle produit avec l'armée israélienne, nous 
avons vu (30.04) les champs de fourrage et les pâturages des pasteurs 
Bédouins, Arabes Israéliens, détruits par des désherbants chimiques pour 
les expulser de leurs terres (zone de Rahet, désherbage au gramoxon du 
14.02.02).
 
·	A Jérusalem, Tel-Aviv et devant la prison militaire de Haïfa (02.04) nous 
avons vu le courage des femmes en noir et des objecteurs et des insoumis 
Israéliens, des pacifistes de Ta'Ayush (mot arabe = "vivre ensemble"), 
qui continuent leur lutte malgré la répression et malgré le fait que eux 
aussi sont parfois les victimes des attentats suicides. Nous avons assisté 
à la répression brutale de manifestations pacifistes, dont celle du 3 avril 
au check point d' A-Ram, où 3 mille manifestants israéliens, palestiniens 
et internationalistes ont accompagné un convoi d'aide humanitaire destiné 
à Ramallah sous siège. Une partie du matériel a pu être acheminé, une autre 
est restée bloquée ou détruite par l'intervention des forces de police et 
de l'armée, qui ont blessé une vingtaine de manifestant-e-s dont un membre 
de la Knesset et un membre de la mission suisse qui a eu un bras cassé par 
des coups de matraque. 
 
Ce que nous avons vu en Palestine et en Israël, ce sont les conséquences de 
l'état de guerre permanent. 
 
C'est une guerre permanente d'un système d'Apartheid qui par la 
répression militaire veut d'un côté maintenir toutes les richesses et les 
privilèges, et de l'autre écraser avec une arrogance et une violence 
brutale toute résistance et révolte des opprimés, de ceux et celles qui 
n'ont plus rien.
 
Nous avons été en Palestine parce que ce système d'Apartheid, avec son 
exploitation et sa répression brutale, est le même système que les 
puissants de ce monde, les George Bush, le capital financier, les Tony 
Blair et les multinationales, veulent appliquer partout dans le monde: en 
Amérique Latine, en Afrique, en Asie et faire de l'Europe et des pays 
riches une forteresse militarisée aux frontières fermées à tous ceux et 
celles qui cherchent ici de vivre une vie digne de ce nom. 
 
Ce système est inacceptable et il ne pourra pas réussir.
En tant que mouvement pacifiste suisse, nous exigeons du Conseil fédéral 
l'arrêt immédiat de toute collaboration militaire de la Suisse avec 
l'armée et l'industrie militaire israélienne!
 
Nous nous sommes retrouvées en Palestine avec des centaines d'autres 
militant-e-s du mouvement contre la globalisation néolibérale du monde 
entier: des hommes et femmes du mouvement des travailleurs sans terre du 
Brésil, de via campesina, de la confédération paysanne, beaucoup 
d'italiens de Ya Basta, des centri sociali, des féministes de Rifondazione 
comunista et des Beati i costruttori di pace. Ce sont les mêmes qui ont été 
à Seattle, à Porto Alegre, à Gênes et qui ont manifesté contre la guerre en 
Afghanistan.
 
Notre lutte ici en Europe est la même de celle de nos frères et sœurs en 
Palestine.
 
Ici dans les pays riches et aussi en Israël nous sommes encore une minorité 
à lutter contre ce système d'Apartheid global. Mais La résistance avec le 
coeur et la tête de nos frères et soeurs en Palestine nous donne la force 
pour continuer la lutte!
 
Une autre Palestine est nécessaire! Un autre monde est nécessaire! VIVA 
VIVA PALESTINA !