Auteur(s): Jeunesse socialiste suisse
Date: 17/11/2001
Motion du groupe de travail international GTI, approuvée par l'Assemblée générale de la JSS du 17 novembre 2001 Concernant la situation actuelle: Après les attentats du 11 septembre aux Etats Unis, qui ont fait des milliers de victimes, un cri de vengeance se fit entendre dans tout le monde. Oussama Ben Laden fut présumé instigateur des attentats. Aucune preuve de son implication n'a cependant été apportée à ce jour. L'Afghanistan devrait maintenant rendre compte du fait qu'il abrite Ben Laden et son organisation. La plupart des Etats européens se sont solidarisés avec le gouvernement des Etats Unis. En octobre les premières bombes sont tombées. Mais la guerre contre l'Afghanistan finira par un fiasco. La famine menace l'Afghanistan, des centaines de milliers de personnes fuient le pays et l'hiver approche. Depuis quelques jours les Talibans se retirent des villes. Interpréter ce retrait comme signifiant la fin de la guerre serait naïf. Il est à craindre d'une part que les Talibans utilisent dès maintenant une tactique de guérilla, d'autre part qu'une guerre civile éclate entre les différents groupes de l'Alliance du Nord, comme cela s'était produit après le retrait de l'armée russe. Considérer l'Alliance du Nord comme libératrice de l'Afganistan serait largement exagéré. L'Alliance du Nord est en fait un regroupement de chefs de guerre sans volonté démocratique et presqu'aussi fondamentalistes que les Talibans. La position de la JSS : La JSS refuse la vengeance comme principe politique. Aucun droit ne permet la punition d'un pays pour expier les attentats aux Etats Unis. Les morts d'Afghanistan ne ressusciteront pas les victimes du 11 septembre. La devise «oeil pour oeil, dent pour dent » ne peut en aucun cas être érigée en principe politique. Aucun pays particulier ne peut être rendu responsable de ces attentats. Les attaques contre l'Afghanistan frappent d'abord les populations civiles déjà durement éprouvées. Nous n'acceptons pas le terme d'«Etat voyou». Nous exigeons un arrêt immédiat des actes de guerre contre l'Afghanistan. La JSS condamne vivement toute attaque contre des organisations arabes et contre des individus suite aux attentats du 11 septembre. Ceux qui prônent la « guerre des cultures » attisent la haine et les préjugés contre toute une communauté religieuse. La JSS se distancie du soutien à la campagne de vengeance des Etats Unis contre l'Afghanistan. La JSS exprime son incompréhension face à la position des gouvernements de MM. Schröder et Blair et la considère comme indigne de partis sociaux-démocrates. La Suisse ne doit pas participer à ce choeur sanguinaire de défenseurs autoproclamés de la civilisation occidentale. La JSS craint une détérioration du climat politique intérieur, en Suisse et ailleurs. Les attentats du 11 septembre ne doivent pas servir de justification à de nouvelles mesures sécuritaires et à l'étouffement de toute critique. La protection des données ne doit pas être d'avantage sapée ! La surveillance systématique des moyens de communication (téléphone mobile et fixe, e-mail, télécopieur, etc.) et des personnes doit cesser! La JSS refuse tout contrôle spécifique des migrants ainsi que la récolte de données personnelles par la police et les autorités. Dans ce contexte la JSS considère comme très douteuse l'hystérie anti-terroriste qui se répand actuellement. Quels intérêts sert une campagne qui suspecte chaque enveloppe de votation de contenir des germes de la maladie du charbon? Sûrement pas ceux de la population en général, mais plutôt ceux des milieux qui souhaitent une répression accrue. La JSS considère que le système capitaliste qui produit des inégalités dans le monde, et qui est basé sur ces inégalités, est à l'origine du terrorisme actuel. La paupérisation des personnes dans les pays en voie de développement alimente les milieux fanatiques qui effectuent les attentats terroristes. La politique de l'Occident influence aussi ces milieux de manière tout à fait directe : Non seulement Ben Laden mais aussi les Talibans ont été soutenus, armés et entraînés par les Etats Unis et leurs alliés (Pakistan, Arabie Saoudite et autres). Mais la JSS condamne également toute volonté de voir dans les terroristes du 11 septembre des héros de la lutte contre le capitalisme. Ni les attentats ni les motivations de ceux qui les ont commis ne peuvent être compris comme s'inscrivant d'une quelconque manière dans la lutte pour le socialisme. Le droit de la personne le plus important, celui à la vie, est imprescriptible. Dans une lutte progressiste contre le capitalisme il n'y a pas de place pour une guerre religieuse, réactionnaire et méprisant la vie humaine. La JSS exige que la lutte soit engagée non seulement contre le terrorisme, mais aussi contre ses causes. L'abolition du secret bancaire, par exemple, appartient aux mesures nécessaires de lutte contre les causes du terrorisme. La pauvreté, la peur, la haine, suscitent la violence. La dé mocratie universelle et le droit à l'autodétermination de tous les humains, sans distinction de sexe, de couleur, d'âge, de pratique sexuelle, de religion, permettent de combattre l'injustice qui, de tous temps, a nourri la haine. Seule une politique qui prendrait en compte la sécurité et le bien-être de tous les humains pourrait rompre la spirale de la violence. Cette politique ne peut être basée que sur une critique radicale du capitalisme et placer la solidarité internationale au-dessus des intérêts nationaux. Contacts: Cyril Mizrahi (responsable des médias JS Suisse; 079 412 21 80; cmizrahi@juso.ch)