Manifestation pour le soutien à la Palestine 6 avril 2002

Voici que tout un peuple, qui vit depuis des années dans l’enfermement, l’humiliation, la difficulté de survivre au quotidien, se trouve aujourd’hui étouffé, affamé, déporté, meurtri, massacré. Les visions que nous avons devant les yeux sont des visions d’horreur : les soldats faisant brutalement irruption dans les maisons palestiniennes, s’emparant des hommes, terrorisant les femmes et les enfants ; les chars saccageant les cultures ; les victimes agonisant dans la rue sans aide ni secours…

Insoutenable, inacceptable est aussi l’idée que des jeunes Palestiniens, à peine sortis de l’enfance, après avoir appris la guerre par les pierres, puissent en arriver à faire de leur vie même une arme pour aller semer la mort parmi des civils israéliens. Qui finalement tire parti de leur désespoir, sinon ceux qui utilisent leurs actes fous pour légitimer une guerre totale, à la mode américaine, contre ce qu’on appelle en Amérique « les forces du mal », s’employant à confondre à tout jamais la résistance de tout un peuple avec le terrorisme ? On ne peut que condamner cette politique cynique qui consiste à attribuer la responsabilité des attentats à Yasser Arafat, leader élu démocratiquement, que l’on s’acharne en même temps à priver de tout pouvoir d’intervention, en abattant ses forces de sécurité, en assassinant ses miliciens et en détruisant ses infrastructures.

Les attentats kamikase contre les civils israéliens sont inacceptables. Mais là s’arrête à mon sens toute tentative d’établir un parallélisme ou une symétrie entre les deux situations. C’est se boucher les yeux sur une injustice durable que de prétendre renvoyer dos à dos les deux vieux leaders ennemis, comme s’il leur suffisait, de part et d’autre, d’un peu de bonne volonté pour dépasser une querelle infantile. Il n’y a pas d’équilibre du tout, ni de paix possible, tant qu’on ne reconnaît pas qu’un Etat est l’occupant et l’autre le colonisé ; tant que l’on ne reconnaît pas qu’un peuple est, depuis 35 ans, entravé dans sa liberté de mouvement ; limité dans ses possibilités de travail ; restreint dans son accès aux richesses économiques et aux ressources naturelles; menacé dans sa survie, alors que de l’autre côté, on choisit d’engloutir des millions dans la construction de colonies forteresses, au mépris du droit international et des résolutions de l’ONU.

Non ! Il n’y a pas de symétrie. Car ce n’est pas le hasard, ni l’aveuglement, qui ont conduit à cette situation. Il faut se rappeler quel est le véritable projet d’Ariel Sharon, ce criminel de guerre, colonialiste pur et dur, partisan de la purification ethnique. En juillet 2001 (il n’y avait pas encore eu de 11 septembre), a été révélé un plan de l’état major de l’armée israélienne intitulé « La destruction de l’Autorité palestinienne et le désarmement des forces armées ». Ce plan préfigure, presque terme à terme ce qui se passe aujourd’hui. A l’époque, il était prévu qu’au terme de l’opération, Yasser Arafat aurait été forcé à quitter la Cisjordanie et Gaza ; que les membres de son équipe seraient retranchés hors de la région ; et que les 40’000 policiers palestiniens seraient désarmés, morts ou prisonniers. C’est terrifiant de se dire que ces événements, qui aujourd’hui nous frappent de stupeur, sont conformes à un plan méthodiquement élaboré et froidement appliqué.

Par chance, il existe en Israël une population juive qui ressemble toujours à ce qui fait la réputation de ce peuple : intelligente, ouverte, empreinte de valeurs humanistes. C’est cette population qui s’exprime au sein de mouvements pacifistes actifs dans le pays, ou que personnifient les réservistes qui refusent d’aller se battre dans les territoires occupés, parce que, disent-ils, ils ne veulent plus combattre pour dominer, expulser, affamer et humilier tout un peuple. Il faut que ces gens sachent que nous les admirons et qu’ils représentent notre espoir.

Mais nous savons aussi, par les appels qu’ils nous lancent, qu’ils comptent sur nous pour agir et pour faire pression sur l’ONU et les USA. La Suisse doit s’employer, avec la communauté internationale, à permettre le déploiement d’une mission internationale d’interposition et de protection. En tant que pays dépositaire des Conventions de Genève, elle doit tout entreprendre pour exiger leur respect, ainsi que l’arrêt des violations des droits humains. Nous avons des moyens de pression à disposition : nous demandons le boycott des importations en provenance des territoires occupés ; nous demandons que notre pays suspende ses relations d’affaire avec Israël, notamment en matière d’armement. Mais surtout, nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour que reprennent les négociations de paix afin que soient libérés les territoires occupés, démantelées les colonies et que puisse enfin se réaliser cet espoir si largement partagé de deux Etats vivant en paix sur la terre de Palestine.

St.Saphorin, 5 avril 02
Anne-Catherine Menétrey-Savary